Tchad: les chantiers de la nouvelle République (SYNTHESE)
Signant vendredi le décret de promulgation de la nouvelle Constitution instaurant la quatrième République du Tchad, le président tchadien Idriss Déby Itno a annoncé plusieurs chantiers pour le renouveau de son pays.
"L'aube nouvelle que les filles et fils du Tchad appellent de tous leurs vœux commence. La quatrième République entame ses premières heures. L'entrée en vigueur effective de la nouvelle Constitution consacre la refondation de notre Nation, qui se veut plus ambitieuse et plus forte", a-t-il déclaré.
Le chef de l'Etat tchadien, mesurant "l'importance et la délicatesse de la mission que les Tchadiens viennent de [lui] confier une fois de plus", a annoncé plusieurs actions: renforcer la démocratie, assurer la justice sociale, garantir l'Etat de droit et réorganiser la vie politique et associative.
Il a exhorté ses compatriotes à instaurer une nouvelle culture de responsabilité en adéquation totale avec les défis actuels et à changer de paradigme dans la manière de concevoir l'action publique.
"La quatrième République est bâtie sur des valeurs fortes qui imposent des attitudes, des pratiques et des comportements nouveaux et vertueux", a-t-il affirmé.
Au centre des priorités, il cite la maîtrise du train de vie de l'Etat, la gestion rigoureuse des affaires publiques et l'assainissement des finances publiques. De même, la lutte contre le détournement des deniers publics et la prévarication est un engagement qui doit être la règle pour tous les acteurs.
Il a promis que le gouvernement qui sera mis en place aura la mission première de mener une guerre sans merci contre toutes les formes de pratiques qui sapent le développement et compromettent l'avenir de la Nation.
Conformément à la nouvelle Constitution qui a supprimé le poste de Premier ministre, le désormais ex-chef du gouvernement Albert Pahimi Padacké a déposé jeudi sa démission ainsi que celle de son équipe. Un nouveau gouvernement, qui sera désormais coordonné et animé par le président lui-même, est attendu dans les prochains jours.
Dans le viseur du président se trouvent les détournements des deniers publics. "Je reconnais volontiers que de nombreuses personnes ont bâti des fortunes importantes sur la base du détournement et de la corruption. Je vous assure, mes chers compatriotes, que cette machine de l'enrichissement illicite et immoral va cesser de fonctionner, quelle que soit sa marque et sa puissance", a-t-il prévenu.
Il a annoncé la mise en place d'un pool judiciaire chargé de la répression des infractions économiques et financières, comme l'a recommandé le forum national inclusif, tenu fin mars dans la capitale, et dont les 75 résolutions forment la base de la nouvelle Constitution.
"Ceux qui pensent toujours qu'ils ont le quitus de détourner allègrement et impunément les deniers publics seront dénoncés, traqués et poursuivis conformément à la loi en vigueur. Tout travailleur doit, dorénavant, vivre dignement de son salaire", a-t-il insisté.
Il a ordonné aux chefs des administrations de mener des contrôles permanents pour débusquer et sanctionner tout agent indélicat et véreux. "L'obligation de résultat doit être la règle d'or de notre administration", a martelé le chef de l'Etat tchadien, avant d'annoncer une augmentation du temps de travail.
Sans être exhaustif, le chef de l'Etat a engagé le prochain gouvernement à s'évertuer, sur le plan économique, à créer les conditions nécessaires pour assurer la diversification de notre économie en mettant un point d'honneur sur l'agriculture et l'élevage. Deux secteurs porteurs dont le développement favorisera la croissance et la création d'emplois pour les femmes et les jeunes.
Sur le terrain politique, il a réaffirmé que les élections législatives devraient se tenir au mois de novembre 2018. Elles seront suivies des élections locales. Autant d'échéances pour lesquelles il a sollicité un financement de la part de la communauté internationale.
"J'estime, pour la sérénité du jeu politique, qu'il est nécessaire de restaurer le cadre de dialogue politique. Cette structure qui rassemble dans un élan fraternel la majorité présidentielle et l'opposition démocratique fait le charme et la vitalité de notre jeune démocratie", a-t-il affirmé. Une déclaration qui sonne comme une main tendue à l'opposition, qui n'a cessé de contester le processus menant à l'instauration de la quatrième République.
Dans une déclaration publiée quelques heures après la promulgation de la nouvelle Constitution, le chef de l'opposition, Saleh Kebzabo, a exigé une transparence totale pour les prochains scrutins. L'opposition démocratique ne doit pas admettre que des ordonnances réglementent tout ou partie des modalités des élections locales et législatives à venir, et exiger qu'un consensus soit obtenu entre tous les acteurs politiques à chaque étape du processus de préparation de ces élections, a-t-il estimé.
Il a en outre exhorté la communauté nationale à "sortir de son silence, qui pourrait être considéré comme de la complicité". "Si elle doit intervenir, comme le demande le chef de l'Etat, dans le financement ou la sécurité des élections, elle doit lui demander, au préalable, d'inscrire la transparence électorale dans son programme", a-t-il souligné.









