Cameroun : le budget 2018 voté dans le tumulte au Parlement (PAPIER GENERAL)

Par :  |  Mots clés : Cameroun-budget
French.china.org.cn | Mis à jour le 14-12-2017

Le Cameroun aura un budget public de 4.513,5 milliards de francs CFA du 1er janvier au 31 décembre 2018, budget voté au terme d'une session tumultueuse au Parlement, marquée notamment par la crise dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

En hausse de 3,2% par rapport à 2017 (4.373,8 milliards de francs CFA), ce budget repose sur un objectif de progression de l'ordre de 4,2% du produit intérieur brut (PIB) camerounais, en recul de 3,7% au quatrième trimestre, selon les estimations officielles révélées récemment par le ministre des Finances, Alamine Ousmane Mey.

En 2016, ce PIB avait déjà enregistré un repli de 4,7%, après avoir réalisé un bond notable de 5,9% consécutivement en 2014 et 2015. Cette décélération est la résultante d'un double choc que subit l'économie camerounaise, lié, d'une part, à la baisse continue des prix du pétrole, principal produit d'exportation du pays d'Afrique centrale, et, d'autre part, à une crise sécuritaire sur son sol.

Cette crise sécuritaire a pour principale cause les attaques de la secte islamiste nigériane Boko Haram dans la région de l'Extrême-Nord, depuis 2014, ainsi que la menace de sécession qui agite le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, les deux régions anglophones du pays, depuis octobre 2016, et l'insécurité due aux incursions de groupes armés centrafricains à l'Est.

Selon les estimations, ces chocs causent un déficit budgétaire estimé à 6,2% du PIB au Cameroun, que le gouvernement entend réduire à 3,1% en 2018. Fin mai, le pays déclarait une dette publique cumulée de l'ordre de 5.383 milliards de francs CFA, soit 28,2% du PIB.

Depuis lors, cette dette a continué de croître et devrait se situer autour de 30% du PIB au terme de l'année, selon les projections, suite à la mobilisation d'un montant total de 1.700 milliards de francs CFA de prêts concessionnels et non concessionnels autorisée par le chef de l'Etat, Paul Biya.

Fin juin, le Cameroun a conclu avec le Fonds monétaire international (FMI) un programme d'ajustement structurel triennal, jusqu'en 2019, assorti d'une aide budgétaire d'un montant de 666,2 millions de dollars, une décision destinée à permettre le redressement de l'économie camerounaise.

Ce budget représente la matérialisation par le pouvoir camerounais d'une résolution prise par les chefs d'Etat de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC), lors d'un sommet extraordinaire tenu fin 2016 à Yaoundé, afin d'endiguer la grave crise économique qui affecte cette organisation régionale composée notamment du Cameroun, du Congo-Brazzaville, du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la République centrafricaine et du Tchad.

Prévu pour servir à la poursuite d'une série de grands projets d'infrastructures par lesquels le Cameroun cherche à impulser son décollage économique, dont l'extension du port en eau profonde de Kribi (Sud), un projet emblématique réalisé avec la coopération chinoise, le budget 2018 a cependant été voté au terme d'une session très agitée mercredi.

Troisième et dernière de l'année 2017 au Cameroun, cette session ordinaire d'une durée d'un mois avait débuté le 14 novembre avec un boycott du groupe parlementaire formé du Front social démocrate (SDF, le principal parti d'opposition) de l'Assemblée nationale, la Chambre basse du Parlement.

Déterminés à inscrire au programme des discussions plénières un débat sur la crise sociopolitique qui secoue depuis plus d'un an les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les 18 élus de la formation dirigée par John Fru Ndi, le principal adversaire du président Paul Biya, avaient lancé un blocus de la session parlementaire.

Face au refus du président de l'Assemblée nationale, Djibril Cavaye Yéguié, issu du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), au motif de non-respect des dispositions réglementaires, ces élus, originaires pour la plupart des deux régions en crise, ont poursuivi jusqu'au bout leur opération, perturbant les débats par des concerts de vuvuzelas et des chants de raillerie à l'égard du régime du président Paul Biya.

L'Assemblée nationale, contrôlée majoritairement par le RDPC (avec 153 députés sur un total de 180), a aussi connu un épisode inhabituel lors du vote du budget public, vendredi. Remontée à cause d'un autre refus d'une demande de discussion générale de la part du SDF et des autres partis d'opposition, Hermine Tomaïno Ndam Njoya, députée et épouse d'Adamou Ndam Njoya, leader de l'Union démocratique camerounaise (UDC), avait balancé son chevalet.

Dans la cacophonie caractérisant cette séance de travaux parlementaires, l'objet a terminé sa course en heurtant violemment le visage d'un autre député, Richard Wallang, élu RDPC du Nord-Ouest. Blessé, celui-ci avait quitté l'hémicycle dans la précipitation et avait été transporté par la suite pour être pris en charge au Centre national des urgences de Yaoundé.

Le Sénat, Chambre haute du Parlement, n'a pas connu la même agitation, qui n'est pas sans lien selon les observateurs avec la tenue prévue en 2018 d'une élection présidentielle, rendez-vous qui semble cristalliser d'ores et déjà les tensions avec pour principal enjeu l'éventuelle candidature du président Biya, âgé de 84 ans et au pouvoir depuis 35 ans.

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Source: Agence de presse Xinhua
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