Guangzhou, Yiwu, Beijing, trois villes chinoises, trois destins sénégalais (DOSSIER SPECIAL)
La Chine en pleine émergence fait rêver. Encouragés par un développement rapide des relations sino-africaines, de plus en plus d'Africains ont traversé l'océan pour poursuivre leur "rêve chinois" en Chine. En l'espace de dix ans, ils ont forgé une communauté d'investisseurs et de commerçants au sein du pays, en particulier dans des villes de l'est et du sud.
Quelle est leur situation ? Est-ce qu'ils ont réussi à réaliser leur rêve? Ce sont les points que nous sommes curieux d'éclairer.
Voici trois personnages présentés sous la plume du jeune Sénégalais Xalil Niang, étudiant boursier et candidat de doctorat dans l'Université du Peuple à Beijing, qui a tenté d'établir une biographie globale d'Africains en Chine.
Ces trois compatriotes de Niang vivent respectivement à Guangzhou (sud), à Yiwu (est) et dans la capitale chinoise.
Moustapha à Guangzhou : rester ou quitter, c'est une question.
Ancien militaire de l'armée de l'air sénégalaise, Moustapha a quitté son pays avec pour projet de devenir pilote de ligne internationale en Australie. Attiré par les opportunités commerciales en Chine, son "avion" a finalement atterri en 2003 à Guangzhou avec un équipage composé d'une douzaine d'employés chinois et sénégalais.
Après une escale de quatre ans à Bangkok où il avait installé son bureau commercial, Moustapha a décidé de déménager son bureau à Guangzhou parce qu"'on s'est aperçu que les prix des produits étaient moins chers en Chine qu'en Thaïlande".
Le bureau de sa société dont le nom est Teranga Trading Co., LTD, se trouve dans un bâtiment non loin de Xiaobeilu où sont réunis un grand nombre d'Africains, et connu sous le nom de "Cité Chocolat" (Chocolate City).
Avec les traits d'un homme au sens élevé des affaires et son physique d'un mètre quatre-vingt cinq, Moustapha se fait toujours entendre et suivre par la communauté sénégalaise dont le nombre est estimé entre 100 et 200 personnes (une petite proportion de la population africaine à Guangzhou). En tant que représentant de la communauté sénégalaise, il est toujours appelé par ses compatriotes, même les Africains des autres pays, en cas de difficultés (contrôles policiers, problèmes de visa...).
La majorité des Africains à Guangzhou sont engagés dans l'activité du commerce.
La vraie difficulté est que l'âge d'or pour les commerçants africains est parti avec l'évolution de la situation. "Le Guangdong d'hier ne serait plus celui d'aujourd'hui pour bon nombre d'Africains comme Moustapha", a indiqué M. Niang.
Les marges bénéficiaires s'amenuisent de jour en jour avec la hausse du yuan (monnaie chinoise) qui a un impact sur la valeur des marchandises et la concurrence des commerçants chinois dont leur présence a beaucoup augmenté sur le continent africain.
"J'ai commencé avec des jeans et des chaussures du sport. C'était tellement rentable que j'envoyais mes marchandises en Afrique par avions cargos", a rappelé M. Moustapha, ajoutant qu"'aujourd'hui, le trading ne rapporte plus rien, on met beaucoup plus d'accent sur le transport maritime pour s'en sortir".
En raison des dures réalités auxquelles font face les commerçants africains à Guangzhou, "pour combien de temps encore cela peut durer ? "a interrogé M. Niang, notant que c'est la préoccupation d'un bon nombre d'Africains qu'il a rencontrés à Guangzhou.
Soura à Yiwu : j'ai une "famille" locale
Yiwu, une ville dans la province du Zhejiang, dans l'est de la Chine, est surnommé le "supermarché du monde" grâce à son fort commerce extérieur de petites marchandises. Sourakhata Tirera y a créé son affaire en 2007.
Soura a une "mère chinoise" et un "père chinois", ainsi que beaucoup de "frères chinois" ...
Patron de Crestone, une société d'import-export employant une trentaine de Chinois, Soura a bien réalisé son rêve chinois, non seulement pour son affaire, mais aussi dans son intégration sociale en Chine.
Originaire d'une grande famille de commerçants du Sénégal, Soura a bâti sa fortune en Afrique centrale et a connu une très bonne situation qui lui permet de vivre convenablement au Sénégal.
Il n'a jamais cru qu'il vivrait un jour en Chine, mais le développement des relations économiques sino-africaines l'a poussé vers ce pays. Sa décision a été motivée par le fait que beaucoup d'Africains venaient le solliciter pour leur propre service, c'est ainsi que l'idée de s'implanter à Yiwu a germé.
"Je n'aurai jamais cru que je vivrais en jour en Chine, les affaires en Chine sont venues à moi en s'imposant d'elles-mêmes; sur ce, j'ai décidé d'ouvrir un bureau", a rappelé Soura.
Aujourd'hui, il est heureux de son destin qui l'a conduit à Yiwu, ville où il s'est construit un réseau d'amis et même une "famille".
"A Yiwu, je me sens comme au Sénégal, J'y ai des frères chinois, et il y a une dame et un vieux monsieur, je les considère comme mon père et ma mère". Pour des Africains qui sont incapables de s'adapter en Chine, il les critique et les encourage à la fois à s'intégrer à la société chinoise qui est très ouverte, pour réaliser leurs rêves en Chine.
L'économie de cette ville s'appuie principalement sur le commerce extérieur, et les commerçants résidants comme Soura sont nombreux. La municipalité de Yiwu a pris des mesures pour faciliter le séjour et les affaires de ces commerçants, y compris la création du Comité populaire de Médiation pour les Litiges internationaux, qui arbitre les conflits entre Chinois et étrangers.
Soura a été nommé vice-président de cette institution, après un concours très sélectif. Après avoir effectué un travail excellent, le comité lui a trouvé un bureau personnel "Bureau de médiation de Soura".
A Yiwu, Soura fait partie des étranges les plus célèbres et constitue un modèle de fierté dans la communauté sénégalaise, regroupant une centaine de membres à Yiwu.
Bien que le travail de médiation ne soit pas rémunéré, la contribution de Soura lui a offert le respect et le soutien parmis les étrangers et Chinois à Yiwu, ainsi que le gouvernement local. Il a construit un "pont" pour régler efficacement les malentendus interculturelles.
Pape à Beijing : un étudiant très bien intégré
Bénéficiaire du programme d'échanges entre la Chine et l'Afrique dans le domaine de l'éducation, Pape, un étudiant sénégalais, poursuit actuellement ses études en master dans une université à Beijing.
La motivation d'étudier en Chine date de 2008, quand se tenaient les Jeux Olympiques de Beijing. "La démonstration de force des J.O. 2008 reste gravée à jamais dans ma tête, plus précisément l'architecture. J'ai été impressionné par cet édifice en acier qu'est le "Nid d'oiseau", ayant abrité les jeux", a rappelé cet étudiant. "Une envie de progresser mais aussi de connaître un pays où j'aurai l'occasion de contempler les édifices, entre modernité et traditions, m'a poussé à postuler pour une bourse".
Très bien intégré en Chine avec l'aide de ses collègues chinois et africains, Pape considère la Chine comme un modèle de développement pour le continent africain du fait des similitudes culturelles de deux parties.
Parlant de la ville qui l'accueille depuis plusieurs années, il dit que Beijing est une ville magnifique avec plusieurs facettes : le développement à pas de géants, avec des constructions gigantesques qui défient toutes les lois de la nature, la sauvegarde de la tradition chinoise et la protection des architectures datant des siècles montrant la beauté de la ville, et aussi l'existence d'habitations précaires en pleine ville.
Pour lui, chaque jour en Chine réserve des surprises, et tout est à apprendre. Comme de nombreux Africains, il est en train de réaliser son rêve chinois. Il espère obtenir son diplôme d'ingénierie en génie civile, capitaliser son expérience chinoise dans la construction de grands chantiers et retourner dans son pays, pour la traduire en actes.
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