Cameroun : l'opposition contre la visite du président parlementaireivoirien (PAPIER GENERAL)

Par : Laura |  Mots clés : cameroun
French.china.org.cn | Mis à jour le 11-06-2014

En visite depuis mardi à Yaoundé, le président de l'Assemblée nationale ivoirienne Guillaume Soro, allié d'Alassane Ouattara, a prononcé mercredi un discours dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale camerounaise, qui a provoqué une mini-crise, les 15 députés du Social Democratic Front (SDF), principal parti d'opposition, ayant décidé de quitter la salle.

Au Cameroun pour une "visite d'amitié et de travail" de cinq jours visant à renforcer, sur un plan spécifique, la coopération interparlementaire et, de manière générale les relations entre la Côte d'Ivoire et le Cameroun, Guillaume Soro avait été reçu dès son arrivée mardi par le Premier ministre Philemon Yang et le président du Sénat (Chambre haute du Parlement), Marcel Niat Njifenji.

L'agenda officiel prévoit d'autres rencontres avec les autorités camerounaises qui accueillent, selon des indiscrétions au sein du gouvernement, en prélue à une visite officielle du président Alassane Ouattara à une date cependant non dévoilée, après celle effectuée en juin 2013 à Yaoundé à l'occasion d'un sommet régional sur la sécurité et la sûreté dans le Golfe de Guinée.

Dans son discours face aux députés camerounais, l'ex-leader des Forces nouvelles (FN, ex-rebelle ivoirien), auteur du coup d'Etat manqué contre le pouvoir de Laurent Gbagbo en septembre 2002 à l'origine de la longue crise politique ayant miné la Côte d'Ivoire, s'est dit "honoré de pouvoir participer à la cérémonie d'ouverture de la deuxième session annuelle" de la Chambre basse du pays.

Cette intervention a eu lieu en l'absence des 15 élus du SDF de Ni John Fru Ndi, principal adversaire du président Paul Biya, qui ont décidé d'abandonner leurs 165 autres camarades issus d'autres formations dont en tête le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) en signe de protestation contre la venue au Cameroun de l'ex-chef rebelle, allié d'Alassane Ouattara.

Au terme d'une réunion de son comité exécutif national, l'instance dirigeante, samedi à Buea (Sud-Ouest) en présence de l'ex-ministre d'Etat en charge de l'Administration territoriale Ahoua Don Melo du dernier gouvernement de Laurent Gbagbo, le SDF s'était offusqué dans un communiqué contre la dérive totalitaire du pouvoir ivoirien, accusé de pratiquer "la justice des vainqueurs qui s'acharne contre un seul camp des protagonistes du conflit postélectoral en Côte d'Ivoire".

Ce n'est pas la seule réaction enregistrée de l'opposition. Le bureau politique du Manifeste pour la démocratie au Cameroun ( Manidem) a de son côté dénoncé à l'issue d'une concertation dimanche à Yaoundé " la tentative du gouvernement illégitime Ouattara-Soro de faire du Kamerun (appellation dite d'origine du Cameroun) une espèce de base arrière".

Pour cette modeste formation présente dans l'arène politique camerounaise depuis la restauration du multipartisme en 1990 après deux décennies d'interruption, c'est "un homme aux mains pleines de sang à qui notre Assemblée s'apprête à dérouler le tapis rouge. Est-ce ainsi que l'on traite les rebelles et les terroristes ? Este-ce ainsi que l'on s'apprête à traiter éventuellement les rebelles et les terroristes kamerunais ?"

Secrétaire général de l'Alliance pour la démocratie et le développement (ADD), Daniel Mpon n'est pas allé non plus de mains mortes.

"M. Soro Guillaume est un ancien putschiste. Il vient au Cameroun couvert de sang. Beaucoup de gens sont morts à cause du coup d'Etat mené contre le pouvoir de Laurent Gbagbo en septembre 2002", a-t-il souligné.

Ces réactions sont le reflet du sentiment d'aversion et d'indignation qui s'est manifesté au sein de l'opinion publique camerounaise depuis le putsch manqué de 2002 et puis de l'élection présidentielle controversée d'octobre et de novembre 2010 en Côte d'Ivoire qui a vu arrivé au pouvoir Alassane Ouattara et le transfert de son adversaire Laurent Gbagbo à La Haye aux Pays-Bas pour un éventuel procès à la Cour pénale internationale (CPI).

Avec humour, Guillaume Soro a cependant jugé l'attitude du SDF comme une expression de la démocratie. Il a pris soin d'éviter de parler des exactions commises par ses combattants entre 2002 et 2010, mais s'est employé à expliquer la responsabilité de l'ex- chef de l'Etat Laurent Gbagbo, dont il faut par ailleurs Premier ministre, dans la crise postélectorale.

L'ex-chef rebelle ivoirien s'est posé comme un panafricaniste entré en rébellion contre la politique identitaire symbolisée par le concept d'ivoirité, "une politique insidieusement récupérée et amplifiée par M. Laurent Gbagbo", a-t-il souligné, mais s'est gardé de citer le nom du principal artisan de cette politique d'exclusion et de xénophobie, à savoir Henri Konan Bédié, également allié d'Alassane Ouattara.

Presque cinq ans après et un an avant le prochain scrutin en 2015, Guillaume Soro s'est aussi investi à prouver la légitimité du pouvoir de l'actuel chef de l'Etat, en déclarant avec force : " M. Alassane Ouattara a bel et bien été élu démocratiquement président de la République de Côte d'Ivoire". Par la même occasion, il a annoncé une "consultation électorale transparente" à venir.

"Aujourd'hui, la crise est derrière nous. Place à la réconciliation nationale. Ce que nous demandons aux Camerounais, c'est de nous accompagner dans la réconciliation nationale", a-t- il dit par ailleurs, après avoir remarqué que "les perspectives qui s'ouvrent devant nous sont désormais favorables pour le développement de notre coopération interparlementaire".

La visite de l'ex-chef du gouvernement ivoirien, signataire d'un accord politique de gouvernement d'union nationale avec Laurent Gbagbo en 2007 sous l'égide du président burkinabè Blaise Compaoré, a été précédée en avril de celles concomitantes de la ministre de la Communication Affoussiata Bamba-Lamine et du ministre de la Défense Paul Koffi Koffi.

Ce sont des visites qualifiées d'opérations de séduction à l'endroit d'un peuple réputé hostile vis-à-vis des nouvelles autorités d'Abidjan, une posture qui n'empêche pas le pouvoir camerounais d'oeuvrer lui aussi au renforcement des relations avec la partie ivoirienne. Ainsi, la signature de dix accords de coopération dans divers domaines est annoncée lors de la visite de Guillaume Soro. Fin

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Source: Agence de presse Xinhua
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