Des champs aux courts de tennis : comment le tennis a redynamisé l'économie d'une petite ville du centre de la Chine
Il faut venir à Jingshan pour le croire : dans cette petite ville du Hubei, dans le centre de la Chine, un éleveur de bovins peut aussi être un coach de tennis. Peng Jufang, du village de Wenfeng, est un passionné de la raquette. Tout en dirigeant son exploitation d'élevage, il a formé plus de 3.000 joueurs de tennis au fil des années.
Dans le village de Wenfeng, le tennis est omniprésent. Le centre d'entraînement de Jingshan s'y trouve, le village compte plus de 80 courts de tennis et, surtout, tout le monde trouve un partenaire. "Ici, le tennis fait partie de la vie de tous les jours", raconte M. Peng. "Les villageois posent leur houe et attrapent une raquette : peu importe l'âge, le métier ou le niveau, tout le monde peut jouer."
Son histoire personnelle avec le tennis commence en 1986. Employé au service électrique, il aménage avec des collègues un terrain de terre battue dans un espace libre derrière le bureau. Quarante ans plus tard, il n'a jamais raccroché. Commerçant, éleveur, entraîneur, il n'a jamais lâché la raquette. "C'est cette passion qui m'a poussé à bien faire tout le reste", dit-il.
Sa constance est aussi celle de toute la ville. Surnommée la "ville chinoise emblématique du tennis", Jingshan compte moins de 600.000 habitants, mais plus de 100.000 joueurs réguliers. Ses 356 courts de dimensions réglementaires, répartis entre ville et campagne, accueillent aussi bien des tournois professionnels que des rencontres amateurs.
"Quel que soit votre niveau, vous trouvez toujours un adversaire à votre mesure," observe Bao Zhuolun, entraîneur à l'Ecole de tennis de la province du Hubei. "Ici, le tennis n'est plus un sport élitiste, c'est devenu un sport populaire, qui fait partie du quotidien", ajoute-t-il.
Cette passion se transforme en revenus bien réels. Le village de Wenfeng se trouve au cœur de la zone touristique du tennis de Jingshan. Selon Hu Zhipeng, secrétaire du comité du Parti pour le village de Wenfeng, de nombreux habitants louent leur maison aux parents dont les enfants suivent des cours à l'école de tennis : cela leur rapporte près de 3.000 yuans de revenu supplémentaire. L'un d'eux a ouvert un restaurant sur le thème du tennis, qui réalise un chiffre d'affaires annuel de 600.000 yuans et crée des emplois pour une dizaine de villageois. "Pas besoin d'aller travailler loin de chez soi : on peut gagner sa vie ici", se félicite-t-on.
Le tennis a aussi fait revenir les jeunes. Clubs, restaurants, maisons d'hôtes autour des sources thermales : ces initiatives ont toutes été lancées par de jeunes originaires du village revenus y travailler. Le tournoi amateur hebdomadaire -- 28 yuans la participation, les équipes tirées au sort -- a attiré plus de 360 joueurs venus de Guangzhou, Shanghai et Wuhan, transformant les visiteurs en clients des restaurants et des hébergements.
Les effets vont au-delà des revenus. Wenfeng, ancien village agricole typique où les habitants tuaient le temps aux cartes et se querellaient, compte aujourd'hui, plus de 800 villageois qui pratiquent le tennis, les rencontres sur les courts ayant remplacé les disputes.
La dynamique dépasse le cadre du village : c'est toute la ville qui en profite. Les tribunes sont pleines à craquer -- l'Open de tennis de Jingshan 2025 a attiré 56.000 spectateurs et généré 110 millions de yuans de retombées touristiques directes.
Le tourisme fait tourner l'économie : 3,15 millions de visiteurs sont venus "raquette à la main", portant les recettes touristiques à 2,8 milliards de yuans et la production totale de la filière tennis de la ville au-delà de 3,5 milliards de yuans.
L'industrie suit le mouvement : un parc industriel du tennis, tourné vers le numérique et la neutralité carbone, a vu le jour, le groupe Li Ning y a installé sa base de recherche et de test, et les projets de la filière accueillis en trois ans représentent plus de dix milliards de yuans d'investissements.
En 2026, la "saison d'or" de Jingshan s'ouvre avec le retour des Championnats du monde juniors de soft tennis. D'un simple terrain de terre battue au projet d'un pôle industriel d'une valeur de dix milliards de yuans, 40 ans ont été nécessaires à Jingshan pour prouver qu'une petite balle peut suffire à relancer une ville entière.








