La poursuite commune de la modernisation
L’ouvrage Xi Jinping : La gouvernance de la Chine, dont le cinquième volume est désormais disponible, constitue un témoignage essentiel de l’une des transformations les plus remarquables de l’histoire de l’humanité et offre un aperçu des idées qui continuent de façonner la trajectoire de la Chine.
Alors que le monde connaît une transition historique vers une multipolarité accrue, la Chine se trouve à l’avant-garde d’une nouvelle conscience du Sud global. Cela est particulièrement évident dans sa relation avec l’Afrique, régie par un principe simple mais puissant : la responsabilité et l’appropriation collectives créent les conditions d’une prospérité et d’une stabilité collectives.
Le parcours de développement de la Chine a démontré ce qui peut être accompli grâce à une planification à long terme, une cohérence des politiques, la cohésion sociale et une approche de la gouvernance centrée sur le peuple. Sous l’égide du Parti communiste chinois, la Chine a sorti des centaines de millions de personnes de l’extrême pauvreté, bâti des infrastructures de classe mondiale, misé sur la fabrication de pointe et l’innovation technologique, et s’est engagée sur la voie d’un développement de qualité.
Le cinquième volume de l’ouvrage du Président chinois Xi Jinping offre des perspectives précieuses sur la manière dont la gouvernance peut être alignée sur les objectifs de développement national. Si chaque nation doit trouver sa propre voie vers la modernisation, l’expérience chinoise recèle d’importants enseignements pour les pays en développement qui cherchent à surmonter la pauvreté, les inégalités et le sous-développement.
Les enseignements pour l’Afrique
L’économiste de renom Jeffrey Sachs, ancien conseiller spécial d’António Guterres, secrétaire général des Nations unies, a maintes fois affirmé que l’Afrique pouvait s’inspirer de l’essor économique de la Chine au cours des quatre dernières décennies. Il prend soin de distinguer la reproduction de systèmes politiques de l’apprentissage de stratégies de développement efficaces. Selon lui, l’Afrique n’a pas vocation à reproduire le modèle chinois, mais à s’inspirer des principes clés qui ont contribué au succès de la Chine : la construction d’un marché national unifié, des investissements massifs dans l’éducation, un développement stratégique des infrastructures et une administration publique efficace.
Ses observations font écho aux aspirations de l’Afrique, incarnées par l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA) et la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Il identifie la fragmentation coloniale comme l’un des plus grands défis du développement pour l’Afrique. La ZLECAf répond directement à cette problématique en créant la plus grande zone de libre-échange au monde par le nombre de pays participants, favorisant ainsi le développement du commerce intra-africain, l’industrialisation et les chaînes de valeur régionales.
À bien des égards, le projet d’intégration continentale de l’Afrique reflète la logique qui a sous-tendu le succès de la Chine : connectivité, coopération et développement partagé.
Le Président Xi a constamment mis l’accent sur ces principes dans son dialogue avec l’Afrique. En 2024, lors du Sommet de Beijing du Forum sur la Coopération sino-africaine (FCSA), il a constaté que les relations sino-africaines avaient atteint un nouveau sommet historique après sept décennies d’engagement diplomatique. Au chapitre cinq du cinquième volume de son ouvrage, il avance une proposition convaincante : la modernisation est un droit inaliénable de tous les pays du monde.
Pour de nombreux pays en développement, ce message revêt une importance particulière. L’expérience historique de la modernisation sous le colonialisme a souvent engendré la prospérité pour quelques-uns, tandis que de nombreuses sociétés étaient marginalisées et dépendantes. Le Président Xi affirme que les pays en développement, notamment en Afrique, ont aujourd’hui l’opportunité de poursuivre leur modernisation selon leurs propres conditions, en réparant les injustices historiques et en bâtissant des sociétés plus équitables.
La vision que défend la Chine est celle d’une modernisation inclusive, équilibrée et mutuellement bénéfique. Avec l’initiative « la Ceinture et la Route » et l’Initiative pour le développement mondial, elle promeut un modèle de coopération qui respecte la diversité, encourage l’innovation et favorise une prospérité partagée plutôt qu’une compétition à somme nulle.
Cette approche s’inscrit naturellement dans les priorités de développement de l’Afrique. La population cumulée de la Chine et de l’Afrique approche désormais les trois milliards d’habitants, soit plus d’un tiers de l’humanité. Le succès de ce partenariat a donc des répercussions qui dépassent les intérêts des deux parties et concernent l’avenir même du développement mondial.
Une inspiration mutuelle
Trop souvent, le développement a été perçu comme un transfert unilatéral de connaissances. La relation Chine-Afrique remet en question cette conception en reconnaissant la valeur des civilisations anciennes, des systèmes de connaissances autochtones et de la diversité des expériences culturelles.
L’inspiration mutuelle repose sur l’idée que le développement englobe la gouvernance, la cohésion sociale, la confiance culturelle et la capacité des sociétés à mettre leur sagesse ancestrale au service des défis contemporains.
Le commerce demeure un pilier essentiel de cette relation. Les archives historiques montrent que les échanges entre l’Afrique et la Chine sont antérieurs à l’ère moderne de plusieurs siècles. Aujourd’hui, ces échanges connaissent une revitalisation sans précédent. La récente mise en œuvre par la Chine du traitement tarifaire zéro pour les importations en provenance de nombreux pays africains témoigne de son engagement en faveur de l’industrialisation de l’Afrique et du développement de ses exportations.
Les investissements chinois sont tout aussi importants. Chemins de fer, ports, projets énergétiques, parcs industriels et réseaux numériques contribuent à libérer le potentiel économique et à intégrer les marchés à travers le continent, rejoignant ainsi l’argument de M. Sachs selon lequel l’investissement à long terme dans les infrastructures est essentiel à la transformation économique.
La coopération en matière de santé, la modernisation agricole, le développement des compétences, le transfert de technologies et les initiatives pour la paix et la sécurité renforcent encore les fondements de ce partenariat, contribuant ensemble à un modèle de développement centré sur le peuple.
La convergence entre la vision du Président Xi et l’Agenda 2063 de l’UA est de plus en plus manifeste. Tous deux mettent l’accent sur le développement, la connectivité, la modernisation, la réduction de la pauvreté et la prospérité partagée ; tous deux reconnaissent qu’une souveraineté authentique exige une transformation économique ; tous deux considèrent la coopération, plutôt que la confrontation, comme la voie vers un ordre international plus équilibré.
Le FCSA sert de plateforme de coopération économique, ainsi que de forum de dialogue sur la gouvernance et d’inspiration mutuelle, ce qui pourrait bien constituer l’une de ses contributions les plus durables.
L’Afrique ne cherche pas à devenir la Chine. Sa force réside dans son histoire, ses cultures et ses aspirations propres. L’expérience chinoise en matière de planification stratégique, de croissance tirée par les infrastructures, d’investissements dans l’éducation et de cohésion sociale est riche d’enseignements. Lorsque les nations s’approprient la responsabilité collective, l’appropriation collective et un objectif commun, elles jettent les fondements d’une prospérité partagée.
Dans un siècle de plus en plus marqué par la coopération Sud-Sud, le partenariat Chine-Afrique met en lumière une modernisation menée grâce à la solidarité, au respect mutuel et à un engagement commun à bâtir un avenir meilleur pour tous.
KIRTAN BHANA : Directeur de l’Association diplomatique d’Afrique du Sud








