Pour un renouveau des droits de l'homme centré sur l'humain
Face aux bouleversements qui redessinent l'ordre mondial, l'avenir des droits de l'homme s'impose comme une question cruciale pour l'humanité entière. Pour tenter d'y répondre, le Séminaire Chine-Europe sur les droits de l'homme 2026 s'est récemment tenu à Paris, rassemblant plus de 150 représentants venus d'une vingtaine de pays et d'institutions internationales. Réunis autour du thème « L'avenir des droits de l'homme dans un ordre international en évolution », les participants ont mené un dialogue approfondi sur l'évolution de ces droits, l'urgence de la coopération multilatérale et la préservation indispensable des conditions de vie des populations.
La diversité des voies
Au cœur des réflexions s'est posée la question de savoir comment concilier l'universalité des droits de l'homme avec les singularités historiques, culturelles et contextuelles de chaque nation. Les échanges ont rapidement convergé vers une certitude : l'universalité n'impose aucun modèle unique ; elle ne s'incarne qu'en respectant la diversité des civilisations et en s'adaptant aux conditions nationales.
L'ancien Premier ministre grec Georges Papandréou a souligné que les droits de l'homme ne sont l'apanage d'aucune civilisation. De la pensée de Confucius à celle d'Aristote, la quête de justice n'a jamais cessé. Selon lui, un véritable dialogue exige le courage de poser un regard critique tant sur l'autre que sur soi-même. Abordant la question à travers le prisme de l'histoire européenne, Dominique Barjot, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences d'outre-mer de France, a mis en lumière l'héritage de l'expérience coloniale et des influences extérieures. Il estime que la Chine et l'Europe, en tant que civilisations anciennes, ont tout à gagner à dialoguer pour mieux décrypter leurs parcours de développement respectifs.
Ce consensus repose fondamentalement sur la reconnaissance et le respect du droit de chaque pays à tracer sa propre voie de développement des droits de l'homme. Shen Gang, ministre de l'ambassade de Chine en France, a ainsi expliqué que la démarche de son pays consiste à combiner les principes universels des droits de l'homme avec ses réalités nationales. Une vision partagée par Fabio Marcelli, ancien directeur de l'Institut de droit international du Conseil national de la recherche d'Italie, pour qui l'universalité ne s'oppose pas à la souveraineté nationale. L'essentiel réside plutôt dans l'efficacité de la mise en œuvre selon les conditions de chaque pays, une approche dont l'expérience chinoise offre, à ses yeux, un exemple concret.
Les chercheurs ont également cherché à dépasser les schémas de pensée traditionnels par le biais du dialogue culturel. Eleni Vlassi, conseillère pour les affaires culturelles de la région de Crète, a illustré cette proximité en rappelant que les notions de communauté et de justice étaient présentes dans les concepts grecs anciens, tandis que la culture chinoise du « he » (harmonie) met l'accent sur l'équilibre entre le ciel, la terre et l'homme. Plutôt que de s'opposer, ces héritages doivent devenir le fondement même du dialogue. Peter Hediger, ancien attaché militaire suisse en Chine et sinologue, a également estimé que le principe chinois de « l'harmonie dans la diversité » fondait le socle du respect que porte la Chine envers la diversité des civilisations.
La coopération multilatérale
Face aux fractures que provoquent l'unilatéralisme et les conflits géopolitiques à l'ordre mondial, les experts s'accordent largement à dire que le maintien du système international centré sur l'ONU et la pratique du multilatéralisme sont la voie à suivre pour rendre la gouvernance mondiale des droits de l'homme plus juste et plus équitable.
Adam Wróblewski, professeur à l'Université cardinal Stefan Wyszyński de Varsovie, a souligné que certains pays ont trop souvent profité de leur position dominante pour mener des interventions sous couvert de défense des droits de l'homme au cours des dernières décennies. L'émergence d'un monde multipolaire, porté notamment par le dynamisme de l'Asie, contribue toutefois à affaiblir l'emprise idéologique de cet unilatéralisme. De son côté, Adrian Severin, ancien vice-premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères de Roumanie, a mis en garde contre le risque de voir les droits de l'homme devenir « un outil de confrontation géopolitique ». Il a souligné que l'application sélective de « doubles standards » finit par discréditer le concept même des droits de l'homme. Pour lui, ces droits ne doivent plus servir de slogan clivant ou d'arme de confrontation, mais devenir le langage commun de la justice, de la solidarité et de l'humanité partagée.
C'est dans ce contexte que les idées et les propositions avancées par la Chine ont retenu l'attention des participants. Tang Jianjun, secrétaire général de la Société chinoise d'études des droits de l'homme, a exposé la position chinoise, invitant la Chine et l'Europe à se faire les promoteurs d'un dialogue intercivilisationnel et à défendre résolument un multilatéralisme authentique. Peter Hediger a constaté pour sa part que, face aux difficultés actuelles des Nations unies, les quatre grandes initiatives mondiales proposées par la Chine – touchant au développement, à la sécurité, à la civilisation et à la gouvernance – affichent une volonté claire de respecter la Charte des Nations unies tout en constituant un effort concret pour préserver le système multilatéral.
Eleni Vlassi a souligné que, dans un monde profondément interconnecté, la souveraineté ne doit pas être perçue comme un rempart bloquant le dialogue, mais comme la « responsabilité » d'engager un dialogue plus large dans un cadre multilatéral. Les enjeux émergents, à commencer par le changement climatique, renforcent encore cette urgence de coopération. Hao Luyi, chercheuse à l'Académie des sciences sociales de Chine, a indiqué que le changement climatique est désormais devenu un problème complexe, étroitement lié au développement et à la justice sociale, une menace commune qui exige une réponse coordonnée de tous les pays.
Conditions de vie et dignité
Il est désormais largement admis que la valeur des droits de l'homme se mesure, en dernière analyse, à l'amélioration des conditions de vie des populations et à la garantie de leur dignité. L'essentiel pour évaluer la situation des droits de l'homme dans un pays est de savoir si ses citoyens peuvent concrètement jouir de leurs droits au quotidien.
Chen Baifeng, professeur à l'Université Zhongnan d'économie et de droit, a suggéré que le défi majeur de la protection des droits de l'homme consiste aujourd'hui à passer du statut théorique de « sujet de droit » à celui d'un « individu qui peut réellement jouir de ses droits ». Tang Jianjun a indiqué pour sa part que la Chine érige les droits à la survie et au développement en priorités fondamentales, une approche qui a permis d'enregistrer des progrès historiques. Il a illustré cette dynamique par une série de réalisations concrètes : l'élimination de l'extrême pauvreté, une espérance de vie moyenne de 79,25 ans, une durée moyenne de scolarisation de 11,3 ans pour la population en âge de travailler, et un taux de couverture forestière national supérieur à 25 %. Shen Gang a complété ce panorama en rappelant que le PIB par habitant de la Chine est passé de quelques dizaines de dollars à 13 000 dollars, tandis que le taux d'analphabétisme s'est effondré de près de 80 % à seulement 2,67 %, des faits qui reflètent l'évolution de la garantie des droits de l'homme en Chine.
La protection des groupes spécifiques figure également parmi les sujets abordés. Tang Jianjun a notamment mis en avant l'adoption, en mars dernier par l'Assemblée populaire nationale, de la Loi sur la promotion de l'unité et du progrès ethniques. Il a par ailleurs indiqué que les femmes représentent désormais plus de la moitié (50,76 %) des étudiants de l'enseignement supérieur, confirmant l'éducation comme un moteur essentiel de leur autonomisation. Il a également salué les progrès des services publics en faveur des 85 millions de personnes en situation de handicap dans le pays. Pour Hu Yuhong, professeur à l'Université de sciences politiques et de droit de l'Est de la Chine, cette attention et ce soutien accordés en priorité aux groupes les plus vulnérables constituent précisément l'un des piliers de l'esprit des droits de l'homme.
En définitive, les discussions ont replacé l'humain au centre du débat. Eleni Vlassi a invoqué le concept grec ancien de « compassion », défini comme une empathie et une sollicitude profonde face à la souffrance d'autrui. Selon elle, cette capacité d'empathie est le véritable fondement de la protection des droits de l'homme, car elle permet de dépasser les textes juridiques pour ancrer ces droits dans la réalité vécue par chaque individu. Cette vision rejoint la « solidarité internationale » défendue par Adrian Severin, ce qui indique une direction qui transcende les divisions pour revenir à l'essentiel : l'humain.








