Une année pour partir, une vie pour écrire
Mon voyage a commencé par un simple contrat d’un an pour enseigner la musique en Chine. Ce qui ne devait être qu’une parenthèse est devenu une vie entière : une famille, un ancrage, et le berceau d’histoires lues et écoutées aux quatre coins du monde.
Je suis un auteur britannique établi en Chine. Lorsque j’ai foulé le sol chinois pour la première fois, l’idée de devenir écrivain à plein temps ne m’avait même pas effleuré l’esprit. Je n’imaginais ni bâtir une carrière sur les plateformes de webromans, ni assister à des cérémonies de remise de prix à Shanghai, ni voir mes récits atteindre des lecteurs et des auditeurs aux quatre coins du monde. Mon seul projet était de rester un an, enseigner la musique, découvrir un nouveau pays, puis décider de ce que je ferais de mon existence.
Avant la Chine, ma vie au Royaume-Uni me semblait calme. Fraîchement diplômé, j’errais sans véritable vocation. Avec des amis déjà absorbés par le monde du travail, ma vie semblait ne s’animer que le temps d’un week-end. Comme beaucoup de jeunes de ma génération, je voyais le voyage comme un rite de passage nécessaire avant de « s’installer ». Lorsque l’opportunité d’enseigner la musique à Hangzhou (Zhejiang) s’est présentée, je l’ai saisie. Le plan était simple : explorer le pays durant une année. Contre toute attente, je suis tombé amoureux de ma femme, du pays et de la vie que j’y ai trouvée. Sept ans plus tard, la Chine est toujours chez moi.
J’ai toujours essayé d’écrire des histoires. Au Royaume-Uni, j’ai eu une brève expérience dans l’écriture de scénarios. Mais j’avais du mal à supporter un éditeur dictant ce qui était bon ou mauvais. Si une idée venait d’eux, elle était sacrée ; si elle échouait, j’en portais seul la responsabilité. Cette amertume m’avait détourné de ma plume pendant un temps.
Même après mon arrivée en Chine, je tâtonnais encore, me tournant vers la bande dessinée. Le véritable basculement s’est opéré durant la pandémie. Confiné dans la ville natale de ma femme, dans la province du Heilongjiang, j’ai trompé l’ennui en me lançant dans l’écriture d’un roman. Pour la première fois, j’étais libre d’écrire l’histoire que j’aurais moi-même voulu dévorer.
Les webromans chinois
Je ne suis pas venu au roman par la voie classique, mais par la bande dessinée. C’est en lisant l’adaptation de Douluo Dalu que j’ai découvert l’œuvre originale. Les webromans chinois m’ont ouvert une nouvelle porte : des chapitres courts que je peux dévorer dans le train ou entre deux cours.
Ils offrent surtout une nouvelle forme de fantasy. Je recherche l’excitation de la progression, la satisfaction de voir un personnage devenir plus fort. Ce sentiment est universel. Je déteste les fins, au point de ne pas regarder le dernier épisode des séries. J’aime les longues histoires. Lorsqu’une œuvre s’étend sur des milliers de chapitres, elle ne se contente pas de raconter une histoire : elle fonde une communauté. Chaque jour, les lecteurs commentent, partagent des théories, attendent ensemble. L’équivalent en Occident serait les séries télévisées dont on discute semaine après semaine. Les webromans créent cet engouement au quotidien.
My Vampire System
My Vampire System est né de la fusion de mes passions : les créatures surnaturelles et les mécanismes de jeu vidéo (RPG). Je venais de terminer Super Gene et j’étais fasciné par ce mélange de science-fiction et de système de progression. Je voulais une histoire de vampires qui emprunte la structure addictive des jeux de rôle. Puisque ce jeu n’existait pas, j’ai décidé de l’écrire pour y « jouer » par procuration.
J’écris sur WebNovel. Au début, je ne savais même pas qu’il s’agissait d’une plateforme chinoise. Je l’utilisais d’abord comme lecteur. Ce qui m’a attiré, c’était le style d’écriture et de lecture au jour le jour. Le succès est arrivé incroyablement vite. En moins de deux semaines, mon livre s’est hissé au sommet des classements, dépassant des œuvres chinoises que j’avais lues. Je craignais que cet engouement ne soit qu’un feu de paille. Pourtant, trois ans plus tard, l’œuvre trônait toujours en tête des classements. Aujourd’hui encore, j’ai parfois l’impression de vivre un rêve éveillé.
Je décris mon style comme « Harry Potter rencontre Sun Wukong ». Les livres occidentaux ressemblent à un film, les webromans à une série télévisée. Dans My Vampire System, j’utilise des éléments occidentaux comme les vampires, mais aussi des concepts chinois comme le qi ou les cristaux de bêtes.
WebNovel et l’avenir
J’écris cinq chapitres par jour. Chaque matin, je fais une liste avec une heure pour chaque tâche. L’écriture est souvent la partie facile. Entre les réunions, les adaptations et les corrections, le spectre du burn-out n’est jamais loin. Je plaisante souvent en disant que je prendrai ma retraite à 35 ans.
Les moments qui me rendent heureux sont de simples messages de lecteurs. Des personnes m’écrivent qu’elles écoutent mes histoires avec leur père, ou que c’est leur principal sujet de conversation. Ces emails me rappellent que mes histoires sont devenues une partie de leur vie.
Sur le papier, l’histoire d’un vampire combattant des extraterrestres dans l’espace peut sembler saugrenue. Mais sur WebNovel, la seule limite est l’imagination, et le seul juge est le lecteur.
L’industrie chinoise du webroman possède une maturité que l’Occident n’a pas encore atteinte, notamment en matière d’adaptations. Si des discussions sont en cours pour porter My Vampire System à l’écran – une œuvre qui totalise
1,7 milliard d’écoutes et a généré 200 millions de dollars – les barrières restent nombreuses pour les auteurs indépendants. Le public existe. Mais les auteurs comme moi ne détiennent pas toujours les clés. Mon ambition est simple : continuer d’écrire des histoires plus grandes jusqu’à ce qu’elles deviennent impossibles à ignorer.
Aujourd’hui, My Vampire System se décline en bande dessinée, en livres audio et bientôt en édition papier. Pourtant, mon rêve initial était bien plus modeste : vivre de ma plume. Tout le reste n’est que du bonus.
Quand je regarde en arrière, je suis venu en Chine pour un an. J’y ai trouvé ma femme, mon foyer, ma liberté créative. Grâce aux webromans, j’ai trouvé une manière de raconter des histoires qui n’appartiennent pas à une seule culture, mais à des lecteurs du monde entier.
*KAWIN JACK SHERWIN, également connu sous le nom de JKSManga, est un auteur britannique résidant en Chine et le créateur de My Vampire System.








