Hangzhou à livre ouvert en ligne
Depuis le Village des auteurs de Hangzhou, les webromans chinois rencontrent des millions de lecteurs étrangers, se déclinent en séries et se traduisent en plusieurs langues.
« On se sent doucement enlacé par une culture étrangère. » Ce message laissé sur Internet par un lecteur de La Joie de la Fête des lanternes a profondément touché son autrice, Wang Yurong. En mêlant l'histoire du palais Deshou de Hangzhou (Zhejiang) et la magie de la Fête des lanternes à une trame fantastique orientale, elle a ouvert une véritable fenêtre sur la culture traditionnelle chinoise pour le public mondial.
Le succès de ce titre illustre l'essor international des webromans de Hangzhou. Soutenues par un écosystème complet, de nombreuses œuvres mettant à l'honneur la culture chinoise s'exportent de Hangzhou vers le reste du monde.
De la culture locale aux lecteurs mondiaux
En 2020, Wang Yurong rejoint le Village des auteurs de littérature en ligne chinoise, situé dans l'arrondissement de Binjiang. « L'ambiance y est idéale, d'autant que le quartier abrite de nombreuses entreprises d'animation. Les échanges avec mes pairs m'ont ouvert de nouvelles perspectives sur l'adaptation des droits d'auteur et la diffusion des œuvres à l'étranger. » C'est dans ce foyer créatif qu'elle a écrit La Joie de la Fête des lanternes, une œuvre imprégnée de l'esprit de la dynastie Song (960-1279).
Le roman est ensuite publié sur des plateformes majeures telles que Migu Reading. Sa popularité ne cesse de croître, cumulant plus d'un milliard de clics. Saluée comme un « webroman de qualité imprégné du charme des Song », l'œuvre reçoit également le soutien du programme d'aide aux œuvres littéraires en ligne de l'Association des écrivains du Zhejiang.
Cette évocation soignée de la dynastie Song a trouvé un écho à l'étranger. Fin 2024, Wang Yurong reçoit une proposition d'édition d'une maison étrangère. « L'éditeur était très intéressé par ce récit ancré dans la poésie des Song », se souvient-elle. Dès les premières lignes, elle s'est attachée à capturer toute la saveur de la vie à Hangzhou (anciennement Lin'an) sous les Song du Sud. « Je crois qu'une belle histoire touche toujours, quel que soit l'horizon culturel du lecteur. »
Contrairement à beaucoup d'auteurs qui confient leur travail à des traducteurs professionnels, Wang Yurong, diplômée en anglais, participe elle-même à la traduction anglaise de son webroman. Pour faciliter la compréhension des lecteurs étrangers, elle a opté pour des adaptations astucieuses : les 24 périodes solaires chinoises deviennent des « esprits de la nature », tandis que des illustrations originales dépeignent la cérémonie du thé, les coutumes de la Fête des lanternes et la gastronomie sous les Song.
Le rayonnement international du livre est désormais une réalité. Son édition papier en anglais est présente dans des librairies de plusieurs pays. Quant à la série tirée du roman, elle a déjà été traduite en plus de vingt langues et diffusée sur plus de trente plateformes étrangères, cumulant à ce jour plus de 50 millions de vues. L'adaptation en série d'animation est aujourd'hui lancée, confirmant l'ambition mondiale de cette œuvre sous toutes ses formes.
La force de la synergie industrielle
Ce succès tient à un écosystème, dont le Village des auteurs de littérature en ligne chinoise est la clé de voûte. Installé depuis huit ans sur les rives du lac Baima, ce pôle a rassemblé 379 écrivains de talent, devenant un pilier du « Nouveau Trio » de la culture numérique.
Wang Yurong, également secrétaire de la cellule du Parti du Village, souligne : « Notre village ne se contente pas de concentrer des entreprises culturelles et des prestataires. Grâce au dispositif “IP Express”, nous accompagnons les auteurs dans l'adaptation de leurs œuvres sur tous les supports. L'idée d'adapter La Joie de la Fête des lanternes est née lors d'une de nos rencontres. »
Lors d'un échange au Village, un auteur a partagé un constat précieux : les lecteurs étrangers apprécient que les webromans s'accompagnent de mini-séries. Wang Yurong décide alors d'adapter son œuvre pour le public international. En plus de superviser la production, elle a optimisé le rythme du récit pour ce format court et y a ajouté des éléments traditionnels, comme le tissage de la soie. Le résultat offre une vision plus immersive de la culture des Song.
Ce type d'atelier est devenu une pratique courante. Comme l'explique Shen Rong, directeur général de l'exploitation du Village : « L'exportation des webromans ne se limite pas à la vente de droits. Elle repose sur un modèle complet qui inclut l'accompagnement des auteurs, la valorisation des droits d'adaptation et la protection de la propriété intellectuelle. Le Village agit comme un écosystème, un carrefour qui relie la création aux canaux de diffusion. » Des rencontres avec des lecteurs étrangers sont régulièrement organisées, tandis que des partenaires comme WebNovel favorisent les échanges entre créateurs.
Parallèlement, des maisons d'édition ouvrent la voie à une diffusion massive. La maison d'édition Zhejiang Literature & Art Publishing compte parmi les premières à publier des webromans. Elle a notamment publié La Légende de Zhen Huan et La Légende de Mi Yue au Viet Nam, en Russie et en Thaïlande.
Pour satisfaire tous les goûts, l'éditeur coopère étroitement avec Jinjiang Literature City ou Qidian. Ces deux plateformes proposent un large éventail de thématiques allant du xianxia (fantasy chinoise) à la science-fiction, en passant par le suspense. Les œuvres déjà adaptées à l'écran suscitent un intérêt accru à l'étranger.
Construire des ponts culturels mondiaux
Du succès individuel d'une autrice à la mobilisation de toute une filière, le rayonnement des webromans de Hangzhou ne cesse de croître. Selon Xia Lie, professeur et directeur de l'Institut des industries créatives culturelles à l'Université normale de Hangzhou, l'atout majeur de la ville réside dans la puissance de son écosystème industriel.
« Hangzhou dispose d'un réseau solide dans les secteurs du cinéma, de l'animation et du jeu vidéo. Cela encourage les créateurs du Village à valoriser leurs œuvres localement, créant ainsi un cercle vertueux où l'audiovisuel et la littérature s'enrichissent mutuellement. »
Deux voies de diffusion s'imposent désormais à l'international : la traduction classique (livres et plateformes numériques) et l'adaptation des droits d'auteur, qui transforme les récits en films ou séries. La technologie vient accélérer ce mouvement. « Les webromans sont généralement longs, et la traduction coûte cher. Avec l'IA, le coût chute considérablement », indique Shen Rong.
Les soutiens financiers publics renforcent encore cette ambition. La municipalité de Hangzhou a mis en place des subventions ciblées : jusqu'à trois millions de yuans pour des projets originaux mettant en valeur la culture chinoise et l'esprit de Hangzhou ; jusqu'à 200 000 yuans pour chaque roman dépassant les cinq millions de lectures à l'étranger ; un soutien pouvant couvrir jusqu'à 50 % des frais de traduction, de doublage et de promotion culturelle.
Le chemin reste cependant semé d'embûches. Xia Lie admet que de nombreux auteurs doivent encore adapter leur écriture aux attentes des marchés internationaux. Les profils polyvalents, capables de concilier création littéraire et sens des affaires, sont encore rares, tout comme les diffuseurs spécialisés dans l'exportation.
Malgré ces défis, le webroman de Hangzhou continue de séduire le monde par son charme singulier. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : les œuvres issues du Village totalisent déjà plus de dix milliards de clics sur les plateformes internationales.








