share

Équilibre entre modernité et traditions

Par : 张平平 |  Mots clés : modernisation à la chinoise
French.china.org.cn | Mis à jour le 02-04-2026
Chinafrique | 02. 04. 2026

Quoi de mieux qu’une expérience immersive d’une durée de dix ans pour observer de l’intérieur la modernisation à la chinoise et en saisir toute la particularité 

La modernisation à la chinoise est, sans aucun doute, l’un des concepts de développement qui s’est progressivement imposé comme cadre théorique novateur du monde contemporain. Ce concept ne se présente pas comme une rupture avec le passé, mais plutôt comme un processus, où traditions et modernité coexistent et s’articulent de manière étroite. 

Dès mon arrivée en Chine en 2016 pour mes études, j’ai constaté que cette coexistence était visible partout. Grande Muraille, Cité interdite ou encore Armée de terre cuite de l’empereur Qinshihuang : malgré une urbanisation et un développement technologique rapides, ces héritages n’ont pas été relégués au second plan. Même chose pour la Fête du Printemps.  

Un enracinement culturel profond 

Modes de vie, rythmes quotidiens, traditions locales et langues parlées : tout diffère d’une région à l’autre. Cette diversité de la chine m’a fait comprendre qu’une simple transposition du modèle de modernisation occidental serait extrêmement difficile dans un pays aussi vaste et peuplé. Les politiques de développement tiennent compte des spécificités régionales et culturelles. Un principe fondamental qui n’affaiblit en rien l’unité nationale et contribue au contraire à renforcer la cohésion sociale.  

Grâce à mon immersion dans la société chinoise, j’ai pu observer la persistance de certaines valeurs traditionnelles dans la vie contemporaine. Des concepts tels que he, souvent traduit par « harmonie », ne relèvent pas uniquement du discours philosophique, mais sont aussi actifs dans les interactions quotidiennes, et dans l’importance accordée à l’équilibre social, au respect mutuel et à la recherche du consensus.  

La Chine a su associer ces valeurs à la pensée marxiste, et démontre ainsi la possibilité d’une modernité pluraliste et créative qui, pour moi, en tant que Malagasy, est particulièrement inspirante. La modernisation à la chinoise « se fonde sur les réalités nationales ». Elle est profondément enracinée dans son histoire, sa structure sociale et ses traditions civilisationnelles.  

Le peuple au centre 

La dimension humaine de cette modernisation a cessé d’être abstraite pour moi en 2024, lors de mon voyage dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, dans un petit village situé près de la ville d’Aksu. En discutant avec les habitants, j’ai appris qu’auparavant, beaucoup d’entre eux vivaient dans des zones isolées, dans des environnements hostiles et presque inaccessibles, sans accès à l’eau ni à l’électricité. Pour y remédier, le gouvernement chinois a mis en place des programmes de relogement, leur garantissant une vie décente.  

Ce qui m’a le plus marqué, ce n’est pas le relogement en lui-même, mais la manière de procéder. Le gouvernement ne s’est pas contenté de les aider à trouver un endroit pour vivre, mais leur a également fourni ce dont ils avaient besoin pour leur avenir, notamment des emplois pour les adultes et des écoles pour les enfants. Une méthode qui démontre que, dans un contexte précis, le développement et la modernisation visent à améliorer la vie du peuple, en prenant en compte non seulement les besoins immédiats, mais aussi les perspectives d’avenir.  

Cette expérience m’a amené à reconsidérer ma propre conception de la modernisation, que je vois souvent comme un développement économique dans une perspective macroéconomique, en ignorant totalement la qualité de vie de certaines personnes et le bien-être social. Elle m’a appris que la modernisation doit être inscrite dans le quotidien et mettre en avant l’amélioration des conditions de vie sans omettre le bien-être de la population. Le bonheur du peuple est primordial.  

Le rôle du numérique 

Cette modernisation est étroitement liée à son époque. Depuis une dizaine d’années, le monde a connu des transformations profondes, notamment dans le domaine des nouvelles technologies, qui s’intègrent de plus en plus dans nos vies quotidiennes. Depuis mon arrivée en Chine, j’ai été témoin d’une transformation rapide liée à la numérisation. En 2016, la Chine vivait une phase de transition vers une nouvelle ère numérique. À cette époque, les paiements mobiles se développaient déjà, mais l’argent liquide et les cartes bancaires étaient encore largement utilisés. De nombreux établissements n’acceptaient même que les paiements en espèces. En l’espace de quelques années, la situation a profondément changé et les paiements en liquide se sont raréfiés.  

À l’heure actuelle, il est possible de consommer sans argent liquide partout en Chine : un smartphone suffit pour effectuer les paiements via WeChat ou Alipay. De même, il est désormais possible de voyager en train sans billet imprimé, et il suffit d’acheter les billets en ligne et de présenter son passeport tout au long du voyage.  

Cette numérisation ne s’est toutefois pas faite au détriment de la culture traditionnelle. En 2023, lors d’une visite à Dunhuang (province du Gansu), j’ai eu l’occasion de découvrir des musées utilisant des technologies avancées pour valoriser et protéger des patrimoines culturels très anciens, comme pour les Grottes de Mogao qui datent de 366 après J.-C. Après avoir été scannées, certaines fresques murales ne sont visibles qu’en ligne pour limiter leur détérioration. 

Cette transformation rapide du quotidien est particulièrement frappante. Elle démontre clairement que la modernisation à la chinoise n’oppose pas l’innovation technologique à la continuité culturelle ; au contraire, elles se complètent l’une l’autre. 

Au terme de ces années passées en Chine, j’ai acquis la conviction que la modernisation à la chinoise est profondément enracinée dans ses propres traditions. Les principes de cette modernisation émanent du peuple, qui en est un acteur essentiel. Cette expérience personnelle m’a convaincu qu’il est tout à fait possible de se développer sans rompre avec ses héritages civilisationnels.  

RAKOTOARIVONY MAMISOA, enseignant malgache à l’Université des langues étrangères de Beijing 


Suivez China.org.cn sur Twitter et Facebook pour rejoindre la conversation.
Source: Chinafrique
Retournez en haut de la page