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Le président français Jacques Chirac
a accordé lundi 23 octobre une interview par écrit à Xinhua, à la
veille de sa visite d'état en Chine du 25 au 28 octobre:
Question: Quels sont les objectifs
de votre prochaine visite en Chine? Y a-t-il un message que vous
voulez adresser au peuple chinois?
Réponse: Mon premier message est un
message d'estime et d'amitié à la Chine et au peuple chinois. Je me
réjouis beaucoup de cette nouvelle visite d'état, deux ans après
celle que j'ai eu le plaisir d'accomplir en 2004, car venir en
Chine est toujours pour moi une grande joie.
Mon deuxième message est un message
de confiance. Confiance dans l'avenir des relations
franco-chinoises. L'Année de la Chine en France
et l'Année de la France en Chine
ont été des succès exceptionnels qui se prolongent aujourd'hui.
Confiance dans notre capacité à mettre notre partenariat
stratégique global au service de la paix et du progrès. Confiance
dans la capacité de la Chine à s'affirmer comme une grande nation
responsable, attachée à la sécurité internationale et soucieuse de
promouvoir un développement économique mondial plus équilibré, plus
solidaire et plus respectueux de l'environnement.
Question: Quel est l'état actuel des
relations entre la Chine et la France?
Réponse: Jamais dans la longue
histoire de nos relations, nos liens n'ont été aussi denses et
aussi confiants. Les contacts de haut niveau entre les dirigeants
de nos deux pays n'ont jamais été aussi fréquents.
Nos relations commerciales se
développent. Nos échanges commerciaux bilatéraux ont pratiquement
doublé depuis 2000. Pour le seul premier semestre 2006, nos
exportations vers la Chine ont cru de près de 30%. Les premières
entreprises chinoises font le pari de l'installation en France.
La France veut établir avec la Chine
de véritables partenariats industriels stratégiques. C'est déjà
largement le cas dans le domaine de l'aéronautique. "Nous pensons
que cet exemple peut être étendu à l'énergie nucléaire, aux
transports ferroviaires et aux autres domaines où la France dispose
d'une expérience inégalée. Mais la relation franco-chinoise, c'est
aussi une multitude d' acteurs. Je pense aux parlementaires, aux
collectivités locales, aux entreprises, aux universités et
laboratoires, à la société civile, aux touristes, de plus en plus
nombreux de part et d'autre, qui tous participent à la richesse de
notre relation. Je me réjouis à cet égard que les échanges entre
jeunes décidés en décembre dernier par nos Premiers Ministres
apportent une dimension humaine sans précédent dans les relations
de la Chine avec un pays occidental".
Question: Quels sont les domaines
dans lesquels la coopération bilatérale a connu des succès et qui a
un grand potentiel? Existe-t-il des points faibles dans les
relations entre les deux pays? Lesquels?
Réponse: Depuis 2003, j'observe un
rapprochement rapide de nos analyses sur les grandes questions
internationales. C'est vrai entre la France et la Chine. C'est vrai
aussi avec d'autres partenaires qui semblent mieux mesurer
l'importance de l'unité de la communauté internationale et du
respect de l'autre dans la gestion de crise. L'étroitesse de notre
dialogue stratégique a certainement contribué à ces convergences.
Dans le domaine industriel, l'installation d'un centre d'ingénierie
à Beijing et d'une ligne d'assemblage de la famille A 320 à Tianjin
est certainement l'alliance stratégique la plus aboutie que nous
ayons conclue. D'autres secteurs peuvent suivre la même voie.
Nous développons aussi nos
coopérations scientifiques et technologiques. Je ne me satisfais
pas en revanche de la faiblesse de nos parts de marché et par
conséquent du caractère trop déséquilibré de nos échanges
commerciaux. Certains choix chinois, l'implantation croissante de
nos PME en Chine, l'ouverture de son économie à notre industrie de
services devraient contribuer à remédier à cette situation.
Question: Comment vous voyez
l'avenir du partenariat entre la France et la Chine? Et celui entre
l'Europe et la Chine? Quels sont leurs atouts dans ce processus?
Existe-t-il aujourd'hui un consensus au sein de la classe politique
française sur le partenariat stratégique entre les deux pays?
Réponse: Le partenariat entre la
France et la Chine, c'est d'abord l'esprit de responsabilité
collective que nous développons dans le cadre de notre partenariat
stratégique globale et que nous portons ensemble dans les enceintes
internationales. Et je voudrais saluer à cet égard, l'engagement de
la Chine dans la FINUL renforcée au Liban. C'est aussi notre
volonté commune de donner corps à une relation exceptionnelle dans
les domaines économique, industriel et scientifique. Au-delà des
domaines structurants de notre partenariat, en particulier
l'énergie, l' aéronautique ou les transports terrestres, notre
coopération s'ouvre à de nouveau secteurs: les télécommunications,
les services financiers, l'agro-alimentaire, l'environnement. Le
partenariat avec la Chine est désormais au coeur de l'action
extérieure de la France, parce que chacun sait que c'est ici, en
Chine, que se joue une large part de l'avenir du monde. La Chine
sait aussi qu'elle trouvera toujours en France des interlocuteurs
indépendants désireux de travailler avec elle à un monde
d'équilibre. Des interlocuteurs prêts à lui apporter les
technologies dont elle a besoin pour son développement.
Dans le même esprit, je crois que le
partenariat entre la Chine et l'Europe a vocation à se renforcer,
car il n'y a pas entre nous de rivalités de puissance, mais des
intérêts communs. Vous savez que la Chine est déjà le deuxième
partenaire commercial de l'Union européenne et que nous entretenons
un dialogue nourri sur les questions politiques. Le dernier sommet
UE-Chine, à Helsinki, a permis de lancer les négociations en vue
d'un accord global de partenariat et de coopération. C'est un pas
important.
Question: Comment vous voyez l'image
de la Chine dans le monde, et en particulier en France?
Réponse: Les succès de la Chine
fascinent, impressionnent. Elle est perçue, aujourd'hui, comme l'un
des pays, sinon le pays, dont l'évolution va le plus affecter le
monde de demain. Ces succès, c'est d'abord le formidable essor
économique de la Chine qui la conduit à rejoindre le petit groupe
de puissances qui déterminent la situation économique mondiale.
C'est également ses percées scientifiques. La Chine commence à être
présente dans les hautes technologies comme l'espace, les
télécommunications, ainsi que dans les sciences. Cela ouvre des
perspectives nouvelles. Ces réussites appellent aussi naturellement
des questions, celle des délocalisations, celle du respect des
règles de l'économie de marché. L'image de la Chine dans le monde,
ce sont donc aussi des interrogations sur son évolution politique
et sociale, sur l'impact écologique de sa croissance, sur son
ambition mondiale.
Pour ma part, j'ai confiance. Je
crois que la civilisation chinoise, son expérience millénaire, lui
donnent naturellement le cadre conceptuel et les valeurs qui
pourront étayer un développement harmonieux, et inscrire dans la
durée le choix de la responsabilité partagée qu'ont fait les
autorités chinoises. Je crois aussi que la renaissance de la Chine
apportera aux cultures du monde des créations nouvelles qui
l'enrichiront.
Question: Monsieur le président,
vous avez dit récemment que la France tient, en Europe et dans le
monde, une place singulière, par les valeurs qu'elle représente,
par la vision qu'elle porte, par l'espérance qu'elle incarne.
Quelles sont ces valeurs, cette vision et cette espérance?
Réponse: Les valeurs, la vision,
l'espérance que portent la France sont le fruit de notre histoire
et c'est le moteur de notre ambition pour l'avenir.
Liberté, Egalité, Fraternité, la
République est l'héritière de la philosophie des Lumières et des
idéaux de la Révolution française. Pour des générations de femmes
et d'hommes du monde entier, accueillis aux heures sombres de leur
histoire nationale, elle incarne face à l'oppression totalitaire,
la terre d'asile, les espoirs de liberté, de démocratie et de
lendemains meilleurs.
Paix et réconciliation. La France a
incarné avec l'Allemagne, au lendemain des deux guerres mondiales,
la réconciliation entre les ennemis jurés d'hier. Pays fondateur de
l'Union, elle s'est engagée dans la construction de l'Europe qui
met définitivement fin à des déchirements séculaires. Elle démontre
qu'il n'y a pas de fatalité aux logiques d'affrontement, pourvu que
l'on sache ouvrir des voies nouvelles. Ce fut aussi le cas quand la
France du général de Gaulle rejeta la logique suicidaire des blocs
et, premier pays occidental, établit en 1964 des relations
diplomatiques avec Beijing.
Plus que toute autre, la France
s'est construite dans l'affirmation de sa volonté propre, contre
les hégémonies. Mais, sensible aux risques des politiques de
puissance, elle veut construire la paix et l'harmonie par le
dialogue. Face au risque croissant de divorce entre les cultures -
l'Occident contre l'Islam, laîcs contre religieux, Nord contre Sud,
riches contre pauvres - la France incarne, avec la Chine et
d'autres grands partenaires, la vision d'un monde multipolaire de
paix et d'harmonie; de responsabilité partagée dans le cadre
d'institutions internationales fortes, légitimes et acceptées;
l'aspiration à une mondialisation maîtrisée au service de l'homme
dans l'harmonie, la justice et la solidarité.
Question: Plus d'un an a passé
depuis le non français au projet de constitution européenne.
Comment voyez-vous l'avenir de la constitution européenne et celui
de la construction européenne?
Réponse: L'Europe, c'est le progrès
constant de la paix et de la démocratie. C'est l'histoire de crises
toujours surmontées et dépassées. Ceci n'a pas été remis en
question par le "non" au référendum qui nous incité au contraire à
repenser le projet européen pour restaurer le lien de confiance
entre l'Europe et ses citoyens. Nous y travaillons dans trois
directions :
- D'abord l'Europe des projets, pour
que les Européens voient une Europe concrète et engagée sur les
grandes questions d'avenir : l'énergie, la recherche et
l'innovation, l'immigration;
- ensuite la construction d'une
Europe politique forte, capable d'assumer ses responsabilités
internationales au service de la paix, un élément essentiel de
l'équilibre du monde. Cette ambition, la France continue à
l'incarner comme le montre son engagement aux côtés d'autres
partenaires européens au Liban ou au Congo;
- Enfin, la réforme des
institutions, indispensables dans une Europe à 27 et plus. Nous y
travaillons avec l'Allemagne et nos partenaires afin d'obtenir des
résultats en 2007-2008.
Question: Nombreux sont les Chinois
qui connaissent votre passion pour la culture chinoise.
Pourriez-vous expliquer un peu l' origine de cette passion?
Réponse: J'aime l'Asie et en
particulier la Chine. Je l'ai découverte, avec passion, dès mon
adolescence, grâce à ces savants rançais qui firent connaître au
monde les grandes civilisations de l'Extrême-Orient, et en
particulier la grande civilisation chinoise. J'en ai découvert les
arts fascinants dans nos musées, Guimet notamment. Saint John
Perse, prix Nobel, diplomate et poète, avait raison de dire : "il
n'y a pas de formation humaine complète sans séjour en
Extrême-Orient".
Depuis mon élection à la présidence
de la République, c'est la quatrième visite d'Etat que je vais
effectuer dans votre pays. Je me réjouis de pouvoir m'entretenir
dans quelques jours de nouveau avec le président HU Jintao, que
j'ai vu au sommet du G8 à Saint Pétersbourg, au mois de juillet, et
avec le Premier ministre WEN Jiabao que j'ai rencontré à Helsinki
le 10 septembre dernier à l' occasion du sommet Asie-Europe (ASEM).
Je serai également très heureux de découvrir Wuhan, sur les bords
du Fleuve Bleu, fleuve majestueux qui irrigue toute la Chine
centrale et de retrouver à nouveau, avec un profond plaisir et
beaucoup d'émotion, Xian, haut lieu de la civilisation
chinoise.
-- Le
partenariat avec la Chine désormais "au coeur de l'action
extérieure de la France"
xinhuanet 2006/10/24
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