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La m�decine et la pharmacologie tib�taines hier et aujourd'hui
Du 15 au 17 juillet 2000, s'est tenue � Lhasa, capitale du Tibet, la premi�re Conf�rence acad�mique internationale sur la m�decine et la pharmacologie tib�taines, avec 250 participants, dont une cinquantaine venus du Royaume-Unis, de France, d'Italie, d'Inde, du N�pal, de Russie, des �tats-Unis, et une soixantaine venus de Taiwan, Hongkong et Macao.
L'un des participants de la conf�rence, Vincanne Adams, �tait venu du d�partement d'Anthropologie, d'Histoire et de M�decine sociale de l'Universit� de Californie. En 1982, il a d�couvert la m�decine tib�taine et s'est mis � l'�tudier, alors qu'il poursuivait ses recherches sur la m�decine traditionnelle chinoise. Il a dit: " Je pense que la m�decine tib�taine est un riche tr�sor pour les peuples du monde en dehors du Tibet. Comme vous le savez, il existe plusieurs secteurs de la m�decine occidentale o� nous n'avons pas trouv� de traitements vraiment efficaces. Je crois que la m�decine tib�taine pourra venir en aide aux docteurs de la m�decine occidentale dans certains domaines, et je crois �galement qu'elle pourra �tre aussi utile l� o� la m�decine occidentale se croit �tre comp�tente. Je pense que, tout comme dans le cas de la m�decine traditionnelle chinoise, les m�thodes adopt�es sont tr�s diff�rentes, mais elles sont tr�s pr�cieuses et repr�sentent un important tr�sor pour le monde. C'est pourquoi, je crois que nous devrons tout faire pour maintenir cette tradition. " Pour ce qui est de l'avenir de la m�decine tib�taine, il a dit: " Le gouvernement chinois a apport� un grand soutien � la m�decine tib�taine. C'est l� un signe encourageant. Je suis persuad� qu'avec le soutien continu du gouvernement et de la communaut� internationale, l'avenir en est radieux. Ce qui m'inqui�te un peu, c'est de sentir la pression provenant des ressources dont dispose la m�decine occidentale. Il est tr�s facile pour les Tib�tains de perdre confiance en leurs traditions face � la grande efficacit�, aux effets rapides et � la haute technologie de la m�decine occidentale. Mais j'esp�re qu'ils resteront fid�les � leurs propres traditions et apprendront � leurs �tudiants, de fa�on effective, � ne pas trop compter sur les moyens et les techniques de la m�decine occidentale, dans le domaine des recherches aussi bien que dans la pratique m�dicale. "
" Actuellement, a-t-il poursuivi, la m�decine tib�taine est tr�s populaire en Am�rique, comme d'ailleurs en Europe. Mais les milieux scientifiques demeurent quelque peu sceptiques pour ce qui est de la m�decine tib�taine, laquelle, pour �tre l�gale et accept�e comme une forme m�dicale autoris�e, doit faire beaucoup de travail dans le domaine des recherches et au plan de la th�orie; les communaut�s acad�miques se doivent d'informer les gens de l'Ouest des avantages de la m�decine tib�taine. "
En commentant la " Conf�rence acad�mique internationale sur la m�decine tib�taine de l'an 2000 ", Eliot Tokar, un docteur newyorkais, sp�cialiste de m�decine traditionnelle asiatique, s'est exprim� en ces termes: " Je pense que c'est une conf�rence tr�s importante, couronn�e de succ�s et qui repr�sente un bon premier pas vers un soutien de plus en plus actif accord� � la m�decine tib�taine par le gouvernement et les organisations de la sant� chinois. Cela montre, je crois, une v�ritable et profonde connaissance du probl�me de la part des autorit�s chinoises qui d�cident de la politique de la sant�, lesquelles accorderont toujours plus de moyens et d'attention aux m�decins d'origine tib�taine. En Am�rique, ce qui nous frappe, c'est que chaque minorit� nationale est capable de contribuer � la prosp�rit� du pays. Ainsi, plus cette id�e se r�pandit en Chine, plus la Chine gagnera en puissance, et plus le peuple tib�tain sera � m�me d'apporter au pays l'�norme contribution fournie par leur importante culture. "
Une histoire mill�naire
Vivant depuis l'antiquit� sur le plateau du Qinghai-Tibet, le peuple tib�tain a accumul� de riches exp�riences dans le traitement des maladies et la protection de la sant�. La naissance de la m�decine tib�taine fit suite � une longue gestation qui dura pr�s de trois cents ans, du VIe au VIIIe si�cle. Des �uvres classiques telles que le Trait� complet de M�decine, les Armes invincibles et l'Investigation m�dicale du roi de la Lune, conservent des traces laiss�es par des m�decins qui faisaient le bilan de leurs exp�riences personnelles et de celles des autres dont ils avaient fait profit. Vers la fin du VIIIe si�cle, virent le jour les Quatre Tankas m�dicaux de Yuthog Yonten Mgon-po, le " roi des herboristes ", fondateur de la m�decine et de la pharmacologie tib�taines, ce qui jeta une base th�orique pour la m�decine tib�taine. � part la m�decine traditionnelle chinoise et la m�decine indienne Ayurvedic, la fondation et l'histoire plus que mill�naire de la m�decine tib�taine �taient rarement vues dans l'histoire mondiale de la m�decine.
La m�decine tib�taine rev�t encore un caract�re authentiquement alpin. Le plateau du Qinghai-Tibet pr�sente un environnement naturel des plus s�v�res pour l'existence des hommes, avec des diff�rences �videntes par rapport aux conditions de la plaine du point de vue de la physique atmosph�rique, de la g�ochimie, de la structure �cologique, en particulier de l'influence d'une grave rar�faction de l'air en haute montagne. � cela s'ajoutent un froid rigoureux, un bas degr� hygrom�trique, des conditions atmosph�riques changeantes, de fortes radiations solaires et ultraviolettes, tous d�favorables � la sant� de l'homme. Cela exige des autochtones une s�rie d'efforts d'adaptation physiologique au niveau du corps, des organes, des tissus, des cellules, des sub-cellules et m�me des mol�cules. Soumettant, � des degr�s diff�rents, les tissus et les fonctions organiques � un processus complexe de transformations fait de r�gulations, d'adaptations et d'accommodations, tout ce qui caract�rise la m�decine de l'altitude. Face � des maladies d'ordre physiopathologique et des maladies courantes et � morbidit� �lev�e, les Tib�tains ont pu, en utilisant et en d�veloppant de fa�on cr�atrice les ressources m�dicinales locales, gu�rir la maladie et garder une bonne sant�, faire progresser la m�decine tib�taine et fournir de pr�cieuses exp�riences pour les recherches sur les changements physiopathologiques dus au mal de montagne.
La m�decine tib�taine, riche de couleurs humaines et culturelles, fond dans un m�me creuset la philosophie, l'astronomie et le calcul du calendrier, la biologie, la physique et la chimie des anciens. Elle tisse dans une m�me pi�ce des formes religieuses du bouddhisme tib�tain avec le syst�me m�dical tib�tain. Quelles que soient les exp�riences d'autrui dont elle a pu profiter, et quelles que soient les relations culturelles nou�es avec des r�gions voisines, il va de soi que dans de telles conditions historiques, le probl�me de la sant� des Tib�tains des r�gions froides et de haute altitude ne peut �tre r�solu que par les m�decins locaux eux-m�mes. Les exp�riences d'autrui ne pourront que leur servir de r�f�rence, et personne d'autre ne pourra les remplacer. Le caract�re humain de la m�decine tib�taine n'est que le reflet de l'arri�re-plan historique et politique du Tibet.
� partir du milieu du XXe si�cle, la m�decine tib�taine est entr�e dans une nouvelle p�riode historique de sa tradition et de son d�veloppement. Les transformations sociales et le progr�s de la m�decine moderne �taient les causes externes de son d�veloppement, tandis que les sens des responsabilit�s et les besoins de modernisation en constituent les causes internes. Au cours des cinquante derni�res ann�es, surtout � partir des ann�es 1980, des classiques de la m�decine et de la pharmacologie tib�taines tels que l'Investigation m�dicale du roi de la Lune, les Quatre Tankas m�dicaux, les Instructions des anc�tres, le Lapis-lazuli bleu, l'Herbier de perle, ont �t� r�vis�s, r��dit�s et traduits en langue han. Des sp�cialistes de tout le pays ont �t� invit�s � r�diger les manuels d'enseignement de m�decine tib�taine � l'usage des universit�s. La Grande Encyclop�die chinoise a consacr� � la m�decine tib�taine un fascicule entier. D'autres ouvrages modernes de m�decine et de pharmacologie tib�taines ont vu le jour en m�me temps que les Quatre Tankas m�dicaux. Vingt-neuf vieux docteurs de m�decine tib�taine ont fait le bilan de leurs exp�riences personnelles et les ont transmises � quarante de leurs disciples qui se chargent de les h�riter et de les d�velopper.
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