Des valeurs alignées
Un nouveau chapitre de la coopération sino-africaine se profile avec les applications de l’IA dans divers secteurs
À Shanghai en juillet dernier, la session spéciale sur la météorologie de la dernière édition de la Conférence mondiale sur l’intelligence artificielle (WAIC) a été l’occasion de présenter le système chinois d’alerte précoce météorologique MAZU, symbole de protection dans la culture maritime chinoise. Par ailleurs, MAZU-Djibouti 2.0 a été officiellement livré, ramenant la résolution des prévisions de 9 à 3 km. Des accords ont également été signés avec la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Cameroun.
Le professeur Gaspard Banyankimbona, commissaire de l’Union africaine (UA) à l’éducation, à la science, à la technologie et à l’innovation, a profité de l’événement pour souligner que la vision chinoise axée sur l’humain s’alignait parfaitement avec les aspirations de l’Afrique. Alors que le continent accélère sa transformation numérique, ce partenariat prouve que l’intelligence artificielle (IA) n’est pas le pré carré des pays développés.
Inclusivité, open source et souveraineté des données
Face aux modèles commerciaux fermés, dont les coûts restent prohibitifs pour la majorité des populations subsahariennes, la Chine propose une voie fondée sur le partage. Comme l’a rappelé le Président chinois Xi Jinping lors de la WAIC, l’accent doit être mis sur l’open source et le renforcement des capacités du Sud global pour combler le fossé numérique.
De grands modèles open source chinois de premier plan, tels que DeepSeek et Qwen, équipent désormais les smartphones de marques chinoises très populaires en Afrique, comme celles de Transsion (Tecno, Infinix et Itel). En parallèle, des acteurs comme Huawei Cloud réduisent les coûts de déploiement. Associées à des initiatives comme AI4D (Artificial Intelligence for Development) de l’Agence de développement de l’UA, ces technologies permettent de transformer le code source en productivité locale réelle.
L’efficacité de la technologie repose également sur le respect de la souveraineté numérique. Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a fermement insisté sur la protection de la souveraineté des données africaines pour prévenir l’exploitation numérique et promouvoir l’usage des langues locales.
Cette orientation est en phase avec la Stratégie continentale sur l’IA de l’UA, adoptée à Accra (Ghana) lors du 45e Conseil exécutif, alignée sur l’Agenda 2063 et les Objectifs de développement durable de l’ONU. Au niveau national, des pays comme Maurice, l’Égypte, le Rwanda et la Tunisie ont élaboré des stratégies claires, suivis par une dizaine d’autres nations, dont l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya et le Nigeria.
Pour remédier au manque de données d’entraînement sur plus de 50 langues africaines majeures, l’écosystème open source chinois fournit un socle adaptable. Grâce à des acteurs tels que Masakhane et l’Université de Pretoria, des modèles locaux comme Karnak en Égypte ou Atlas au Nigeria voient le jour.
Dans l’agriculture, qui emploie entre 45 et 60 % de la population active africaine, l’IA chinoise apporte des solutions concrètes de prévision météorologique et agricole.
Co-construire une gouvernance mondiale
Une gouvernance mondiale juste exige une représentation équitable. L’un des résultats majeurs de la WAIC 2026 est la signature de l’accord créant l’Organisation mondiale de coopération sur l’IA. Il s’agit de la première organisation intergouvernementale indépendante en la matière, dont le siège se trouve à Shanghai. Parmi ses 29 membres fondateurs figurent dix pays africains, dont l’Afrique du Sud, l’Algérie, l’Éthiopie et le Kenya.
Cette dynamique fait écho au leadership de personnalités africaines comme le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et soutient les appels à la création d’un Fonds africain pour l’IA. Pour concrétiser ces engagements, le Président Xi a annoncé que la Chine fournirait 5 000 possibilités de formation thématique sur l’IA aux pays en développement au cours des cinq prochaines années, et construirait des centres internationaux de coopération pour les applications de l’IA, notamment avec l’UA. Ces actions concrètes témoignent d’un véritable multilatéralisme.
Au terme de son intervention, M. Banyankimbona a exprimé des attentes claires et ambitieuses. Au nom de l’Afrique, il a réitéré le souhait d’approfondir la coopération avec la Chine, notamment dans les domaines de la formation des talents et de la recherche appliquée au développement durable. En combinant l’innovation ouverte et le respect de la souveraineté, la Chine et l’Afrique façonneront ensemble un ordre numérique plus équitable.
À mesure que la coopération sino-africaine s’approfondit, les avancées technologiques de la Chine répondront de plus en plus aux besoins de l’Afrique en matière de transformation numérique. En unissant leurs efforts pour briser les monopoles par l’ouverture, lutter contre les injustices par l’inclusion et instaurer l’ordre par le multilatéralisme, la Chine et l’Afrique insuffleront une dynamique continue de « force du Sud » à la construction d’un système de gouvernance mondiale de l’IA juste et équitable, écrivant un nouveau chapitre de la coopération numérique et intelligente entre les peuples chinois et africains.
ETIENNE BANKUWIHA : Sinologue burundais et professeur associé à l’Académie d’études internationales et régionales de l’Université des études étrangères du Guangdong








