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M. Macron fait preuve de fermeté diplomatique au sommet du G7

French.china.org.cn | Mis à jour le 28. 08. 2019 | Mots clés : sommet du G7

Le sommet du G7 de cette année s'est tenu à Biarritz, une ville côtière du sud-ouest de la France, du 24 au 26 août. Face aux contradictions internes à l’Occident, en particulier au chaos causé par la doctrine « America First » du président américain Donald Trump, le président français Emmanuel Macron a pris des mesures et a formulé un plan élaboré de manière à maintenir « l’unité » de l’Occident et à assurer le bon déroulement du sommet. Il a en même temps contenu l’attitude hégémonique de M. Trump et pleinement démontré sa fermeté en matière de politique étrangère.

Le sommet du G7 se tient une fois par an et constitue le plus important rendez-vous annuel des puissances industrielles occidentales. Les Etats membres se consultent sur des questions mondiales et annoncent le consensus auquel ils sont parvenus. Ces dernières années cependant, le monde occidental a connu des conflits internes sur des questions majeures et il a été difficile de parvenir à un consensus important, les médias internationaux disant que cette réunion aboutissait à « beaucoup de vide et peu de concret ». Depuis 2017, M. Trump joue le rôle d’élément « perturbateur », et il est non seulement difficile d’obtenir des résultats lors du sommet, mais de plus, en raison des querelles virulentes, sa valeur même est devenue un problème. Face à ce déclin, M. Macron, qui porte en lui les sentiments d'un grand pays, n’était pas disposé à voir le G7 être annihilé du jour au lendemain, et usant de tous les stratagèmes possibles, il a voulu injecter de la vitalité à ce sommet, éviter d’aggraver les conflits internes, parvenir à un consensus élargi, et se garder de répéter les erreurs des deux précédents G7.

Le plus gros défi de ce sommet restait M. Trump. C’est son troisième sommet depuis son accession à la présidence début 2017 et il a joué le rôle de « perturbateur » lors des deux sommets précédents. En 2017, M. Trump avait officiellement annoncé que les Etats-Unis s'étaient retirés de l'Accord de Paris sur le climat. Lors du sommet de l'année dernière, il avait refusé de signer la déclaration finale et avait quitté les lieux avant la fin. Avant le sommet de cette année, la Maison Blanche a révélé que M. Trump n'était pas intéressé par cette réunion, laissant planer une ombre sur le sommet de Biarritz. Les différends entre M. Trump et ses alliés européens concernent des questions d'actualité, à savoir les conflits commerciaux, l’Accord sur le nucléaire iranien, les relations avec la Russie et la situation en Syrie. Des questions qui ne pourraient pas être évitées lors du sommet, et sur lesquelles la possibilité d’aboutir à un consensus étaient très faibles. M. Macron s'en est rendu compte et n'a pas émis de pronostic optimiste devant les médias avant le sommet, mais a plutôt abaissé les attentes mondiales quant aux résultats de la réunion, révélant même que la déclaration finale du sommet n’avait pas été préparée. Un porte-parole de l'Elysée a déclaré que l'objectif de cette réunion n'était pas de remédier aux contradictions entre l’Europe et les Etats-Unis, mais d’ « atténuer les conflits ».

Les résultats de cette réunion de trois jours ne sont néanmoins pas aussi mauvais que prévu : une déclaration a été publiée soulignant « l'unité » des pays participants. Le sommet de l'année prochaine se tiendra aux Etats-Unis. M. Trump a même révélé qu’il pourrait se dérouler dans un club de golf de Miami.

Les médias français ont fait savoir que les débats sur les questions évoquées au cours de ce sommet avaient été extrêmement vif, disant qu’il ne pouvait pas être considéré comme un échec, mais plutôt comme un « succès », indissociable des plans élaborés et des dispositions minutieuses de M. Macron. Parmi les nombreuses questions litigieuses, le consensus obtenu lors de ce sommet sur les relations avec la Russie, la crise ukrainienne et l'Accord sur le nucléaire iranien est le plus frappant, montrant la fermeté et les compétences de M. Macron en matière de politique étrangère.

Un des points saillants de la discussion a été la relation avec la Russie, c’est-à-dire la question de savoir si la Russie devait réintégrer le G7. A cette fin, M. Macron a invité le président Poutine à se rendre en France avant le sommet pour une réunion qui a duré quatre heures et demie dans la résidence officielle du président au fort de Brégançon, permettant de resserrer les liens entre la France et la Russie. A la veille du sommet, M. Trump a soudainement suggéré que la Russie soit immédiatement invitée à réintégrer le G7. Il existait donc une contradiction entre l'Europe et les Etats-Unis sur la question russe. La Russie avait été chassée du G8 en 2014 parce que M. Poutine était accusé d'avoir utilisé la crise ukrainienne pour « avaler » la Crimée, provoquant la fureur de l'Occident. Par conséquent, la plupart des pays d'Europe, en particulier les pays d'Europe orientale, sont toujours hostiles à M. Poutine et refusent le retour de la Russie. La position de la France est plutôt spéciale, car M. Macron n’accepte pas comme M. Trump d’autoriser inconditionnellement le retour de la Russie. Si tel est le cas, « cela montrerait que le G7 est impuissant », a-t-il déclaré.

Il a préconisé que la Russie fasse des concessions sur la question ukrainienne et que l'accord de Minsk sur cette question devait être au moins appliqué. Lors des discussions entre MM. Macron et Poutine, les deux parties auraient réalisé des avancées. M. Macron a annoncé que le mécanisme du « modèle de Normandie » sur la question ukrainienne (c'est-à-dire des pourparlers directs entre la France, l'Allemagne, la Russie et l'Ukraine) a l’arrêt depuis cinq ans, pourrait reprendre bientôt à Paris. Sur la question difficile des relations avec la Russie, le sommet du 25 août a finalement abouti à un accord et il a été décidé que le G7 n’inviterait pour le moment pas la Russie à revenir. De toute évidence, M. Trump n’a pas insisté, mais a levé les obstacles pour que le G7 parvienne à un accord. M. Macron a ainsi revêtu la casaque de porte-parole occidental pour le retour de la Russie et la question ukrainienne.

Après que M. Trump a annoncé l'abrogation de l'Accord sur le nucléaire iranien, les relations américano-iraniennes se sont soudain tendues, les deux parties étant à couteaux tirés et au bord de la guerre. Une question importante pour le sommet du G7 était clairement d’atténuer cette tension au Moyen-Orient. Le plan de M. Macron, qui a toujours préconisé de réduire les tensions entre les Etats-Unis et l'Iran et de lever les sanctions à l’égard de ce pays, a réalisé une percée décisive lors du sommet du G7 et a soigneusement mis au point un arrangement diplomatique astucieux. A la veille du sommet, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, s'était en effet rendu en France et avait rencontré M. Macron, ce dernier l’invitant à se rendre à Biarritz le 25 août pour le sommet du G7. Bien sûr, en toute confidentialité. Ce jour-là s’est produit ce que les médias ont qualifié de « coup de théâtre », à savoir l’arrivée inattendue de M. Zarif à Biarritz pour rencontrer M. Macron, avant que M. Zarif n’en informe les représentants de l’Allemagne et du Royaume-Uni. Cinq heures plus tard, M. Zarif quittait Biarritz en avion. Les autres Etats membres étaient-ils ou non informés de cet arrangement préalable, et M. Trump n’en savait-il rien ? Le ministère français des Affaires étrangères a précisé que la question était complètement transparente et qu'il n'y avait pas eu de dissimulation. Selon certaines informations, M. Macron aurait signalé cet arrangement à M. Trump à la dernière minute. Ce dernier n’avait ni approuvé, ni refusé, mais juste dit : « Chiche ! » Bien sûr, le plus important est que M. Macron ait annoncé plus tard que M. Trump pourrait rencontrer le président iranien Hassan Rouhani dans les prochaines semaines. Pour être prudent, M. Macron a ajouté qu’à ce stade, tout n’était pas encore décidé. L’arrangement diplomatique de M. Macron semble être brutal, mais il a eu certains effets : la possibilité d’un contact direct entre les dirigeants des Etats-Unis et d’Iran a fait surface et une avancée majeure a été réalisée sur la question iranienne. M. Macron a déclaré que cela montrait que la France avait toujours été un facteur de paix et de stabilité dans ce conflit. La première page du journal Le Monde a d’ailleurs salué M. Macron, disant qu’il avait adopté une position ferme au sommet et fait preuve de volontarisme pour effectuer une avancée décisive sur la question iranienne.

Les médias ont également noté qu'un autre trait particulier de ce sommet était que M. Trump, qui a toujours été un perturbateur, a fait preuve de « conciliation » et de « coopération » rares. Sur le retour de la Russie au G7, la question ukrainienne et la question iranienne, il n’a pas persisté dans son opinion, veillant à ce que le sommet aboutisse à un accord. De toute évidence, ceci est également le résultat des efforts de l’hôte du G7, M. Macron. Afin de garantir le bon déroulement du sommet et de réduire le plus possible les obstacles, M. Macron l’a amadoué : après son arrivée à Biarritz le 24 août, il a immédiatement organisé un déjeuner pour créer une atmosphère agréable et pour s’entretenir avec M. Trump. A la demande de ce dernier, le sommet a également prévu un créneau pour débattre des problèmes économiques mondiaux et laisser M. Trump prêcher l'expérience de l'économie américaine. Ces dispositions ont créé une atmosphère propice au bon déroulement du sommet. Face à la bonne volonté de M. Macron, M. Trump a fait preuve de coopération, son attitude étant la suivante : « Je fais comme je l’entends, vous discutez de ce qui vous concerne ». C’est de toute évidence le résultat des efforts diplomatiques de M. Macron. 

Dans le contexte des frictions entre l’Europe et les Etats-Unis, le sommet du G7, qui n’était pas parti sur de bons rails, a obtenu un certain « succès ». On peut dire qu’à cœur vaillant, rien d’impossible, et que M. Macron a montré sa fermeté en matière diplomatique et son charme politique personnel. Comme un commentateur politique français l'a souligné, M. Macron a véritablement réussi à créer une nouvelle donne sur la scène politique internationale. En même temps, cela révèle également une vérité : face à l'arrogant M. Trump, l’indulgence aveugle ne mène nulle part, et que pour s’en sortir, il faut sans doute utiliser le bâton et la carotte et avoir une attitude diamétralement opposé. 


Par Shen Xiaoquan, chercheur au Centre de recherche mondial des questions contemporaines mondiales de l’agence de presse Xinhua. L'auteur est le seul responsable des opinions exprimées. Le site french.china.org.cn ne pourra en aucun cas être tenu pour responsable de son contenu.


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