Les Kenyans quittent la capitale Nairobi avant les élections
Les Kenyans quittent la capitale Nairobi pour rejoindre leurs villages qu'ils considèrent plus sûrs avant les élections du 8 août.
L'exode a fait de Nairobi une ville fantôme à cinq jours des élections, des centaines d'habitants et leurs familles ayant pris d'assaut les principales gares routières pour rentrer dans leurs villages.
La plupart des Kenyans qui ont préféré partir sont originaires de l'ouest, de l'est et de la côte du Kenya, régions qui soutiennent majoritairement le leader de l'opposition, Raila Odinga.
Cette exode est sans précédent malgré les garanties apportées par les dirigeants politiques, dont M. Odinga et le président Uhuru Kenyatta, selon lesquelles les élections seront pacifiques et la sécurité renforcée pour protéger tout les habitants et leurs biens.
"J'ai envoyé mes enfants et ma femme au village aujourd'hui car je pense qu'ils y seront plus en sécurité. Ma femme a décidé de ne pas s'inscrire sur une liste électorale, je n'ai donc pas vu la nécessité pour elle de rester à Nairobi", a témoigné Cosmas Ambulwa, originaire de Kakamega, dans l'ouest du Kenya.
M. Ambulwa, qui habite à Embakasi, à l'est de Nairobi, votera dans la région mais a indiqué qu'il pourrait également partir pour son village juste après.
"Les gens ont tiré beaucoup de leçons de l'élection de 2007, comme par exemple que vous ne pouvez faire confiance à personne, y compris à votre voisin quand il s'agit d'élections et de résultats électoraux. Les gens se retournaient les uns contre les autres comme on ne l'avait jamais vu avant. C'est à cause de cette peur que nous quittons Nairobi", a-t-il expliqué.
Au terminus de Machakos, principale gare routière à l'intérieur des terres de Nairobi, des centaines de personnes attendent avec leurs bagages pour entrer dans les quelques véhicules disponibles mercredi.
"Je ne me sentirai vraiment en sécurité que lorsque je serai arrivé à Ugunja. Mon coeur est à la maison, pas à Nairobi. Nous reviendrons à Nairobi après les élections", a déclaré un voyageur.
Et comme prévu, le prix a plus que doubler pour ceux qui se rendent à Kisii, Kakamega, Kisumu et Busia. Les voyageurs doivent désormais payer 16 dollars et 25 dollars pour les trajets qui durent entre quatre et huit heures.
Mais dans une stratégie intitulée "adopt-a-bus station", qu'on pourrait traduire par "adopte une gare routière", des opérateurs de bus du terminus populaire ont interrompu leurs services pour empêcher les habitants de la ville de fuir.
D'autres ont bloqué des voyageurs en leur demandant d'aller d'abord voter.
"Du 26 juillet au 7 août, montrez-nous s'il-vous-plaît vos cartes d'identité et d'électeurs avant d'acheter un ticket. Nous ne vous autoriserons pas à quitter la ville si vous devez y voter", peut-on lire sur un avis publié par une compagnie de bus.
On retrouve la même chose dans les bureaux des bus à destination de Mombasa.
Les chefs des églises ont quant à eux condamné cet exode.
L'évêque anglican Jackson ole Sapit a demandé aux dirigeants politiques d'assurer aux Kenyans leur sécurité et la paix afin d'éviter leurs départs vers les villages.
"Nous devons taire ces craintes et faire en sorte que tout le monde continue de vivre normalement", a-t-il expliqué.
Les élections du 8 août sont très contestées au Kenya, tout comme celles de 2007, à l'issu desquelles le Kenya s'est retrouvé au bord d'une guerre civile.
Le président d'alors, Mwai Kibaki, briguait un autre mandat face à son principal rival, M. Odinga.
Cette année, les sondages d'opinion montrent que MM. Kenyatta et Odinga sont au coude à coude. Bien que les violences pré-électorales aient été minimes, la hausse des menaces sur les médias sociaux et sur des brochures distribuées dans plusieurs villes ont propagé les craintes et entraîné la migration. F
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