La fin du litige des Mistral peut atténuer les tensions en Europe

Par : Vivienne |  Mots clés : Mistral,France,Russie
French.china.org.cn | Mis à jour le 10-08-2015

La France et la Russie ont annoncé simultanément, le 5 août, que leurs deux gouvernements étaient parvenus à un accord sur la fin du contrat de vente de deux porte-hélicoptères Mistral. Cela marque la fin d'un conflit commercial et politique qui a duré 8 mois. Vu la complexité du contexte géopolitique entourant le contrat d'armement franco-russe, un règlement satisfaisant de l'affaire aura un effet multidimensionnel sur les relations entre les deux pays et sur la situation européenne.

La France avait signé, en juin 2011, un contrat de vente de deux porte-hélicoptères Mistral à la Russie, pour un montant total de 1,2 milliard d'euros. Selon le contrat, la France devait délivrer à la Russie, en novembre 2014, le premier navire Vladivostok, mais la transaction a été interrompue par le conflit ukrainien qui a éclaté en 2014. Le gouvernement français a décidé de suspendre la livraison du navire à la Russie. Depuis fin 2014, les deux parties menaient des négociations sur le dédommagement pour la suspension du contrat. Selon les médias des deux pays, la France a donné son accord pour rembourser intégralement la somme payée par la Russie pour l'achat des deux bâtiments de guerre, soit 890 millions d'euros, tandis que la Russie a réclamait 1,163 milliard d'euros. Fin juillet, l'armée russe a d'abord laissé entendre qu'une percée avait été réalisée dans les négociations. Le 5 août, le président français François Hollande et son homologue russe Vladimir Poutine ont eu un entretien téléphonique à l'issue duquel les deux pays ont déclaré dans un communiqué qu'ils avaient abouti à un accord sur la rupture du contrat, et que la France pourrait disposer des deux navires après le remboursement de la totalité de la somme prépayée. Selon le communiqué, le conflit a ainsi pris fin.

La Russie cherche à gagner les faveurs de la France

La clôture de l'affaire des porte-hélicoptères aura un impact à plusieurs niveaux sur les relations franco-russes et sur les conjectures sécuritaires de l'Europe. La rupture du contrat incombait évidemment à la France, et la Russie avait toutes les raisons de manifester son mécontentement. Cependant, la Russie a fait preuve d'une grande retenue dès le début. Poutine avait affirmé explicitement sa volonté de mettre fin au conflit commercial. Selon les résultats des négociations, la Russie n'a récupéré que la somme prépayée. Cela montre que le pays a cherché en priorité de mettre fin au conflit commercial.

Chercher à gagner les faveurs de la France est une intention stratégique de Poutine. Après la fin de la Guerre froide, la France est devenue un point d'accès important à l'Europe pour la Russie. Sur les questions d'expansion vers l'est de l'OTAN et de son programme anti-missile, la position particulière de la France, différente de celle des Etats-Unis, correspond dans une certaine mesure aux intérêts stratégiques sécuritaires de la Russie. Suite à la guerre entre la Russie et la Géorgie qui a éclaté en août 2008, le président français d'alors Nicolas Sarkozy s'est rendu en Russie pour offrir ses bons offices et a joué avec succès un rôle de médiateur.

Après l'éclatement de la crise ukrainienne, la Russie a été condamnée vivement par les pays occidentaux pour son annexion de la Crimée et s'est trouvée dans un isolement sans précédent. En juin 2014, le président François Hollande a reçu son homologue Vlatimir Poutine en lui réservant un accueil exceptionnel, et l'a convié à participer aux commémorations du 70e anniversaire du débarquement de Normandie. La France est devenue la première destination occidentale de Vladimir Poutine après près de trois mois de tensions entre la Russie et l'Occident. Grâce aux arrangements minutieux de François Hollande, Vlatimir Poutine a pu s'entretenir directement avec le président américain Barack Obama, la chancelière allemande Angela Merkel, le premier ministre britannique David Cameron et le président élu de l'Ukraine Petro Porochenko. C'est en grande partie grâce à la France que Poutine a pu réaliser ce succès diplomatique.

La confrontation opposant l'Europe et les Etats-Unis d'une part et la Russie d'autre part, entraînée par la crise ukrainienne, a persisté, et la Russie a montré une volonté toujours plus claire de sortir de son isolement en Europe et de briser l'embargo occidental. La « vieille Europe », soit les pays de l'Europe de l'Ouest au sein de l'UE, est essentielle pour briser les sanctions occidentales. Bien que l'Allemagne reste un pays sur lequel la Russie compte beaucoup, le gouvernement d'Angela Merkel a adopté une position plus dure que jamais dans la crise ukrainienne, à tel point que les relations entre l'Allemagne et la Russie pourraient être difficiles à réparer. C'est pourquoi la France, qui a toujours adopté une position indépendante, est devenue le meilleur choix de la Russie. Poutine a espéré que la France reste un trait d'union vers l'amélioration des relations russes avec l'Occident et son intégration en Europe.

La France s'est défaussée dans une affaire embarrassante

Pour la France, la fin du conflit sur la vente des deux porte-hélicoptères revient à se débarrasser d'une patate chaude, car le pays se trouvait pris entre le marteau et l'enclume face à la forte pression des sanctions américaines et la position intransigeante de Poutine sur la question ukrainienne. L'exécution du contrat des deux porte-hélicoptères Mistral aurait porté atteinte à l'union des alliés occidentaux et vexé les Etats-Unis, tandis que la rupture du contrat aurait remis en question ses relations particulières avec la Russie. Cette fois-ci, c'est grâce à l'aide de Poutine que la France et la Russie ont réglé ce conflit commercial de manière douce. On peut dire que chacune des deux parties y a trouvé son compte, car cela a permis de répondre aux demandes fermes américaines et d'éliminer un obstacle aux relations franco-russes.

Le règlement adéquat de l'affaire Mistral aura un fort effet sur la conjoncture sécuritaire européenne, en premier lieu parce que les alliés occidentaux ont retrouvé leur solidarité. Les Etats-Unis ont toujours été opposés à la vente d'armements sophistiqués comme les porte-hélicoptères Mistral par la France à la Russie. Après la décision occidentale d'infliger des sanctions collectives à la Russie, l'exécution du contrat aurait mis particulièrement en relief la fissure entre les pays occidentaux, après que la révélation des écoutes téléphoniques par les services de renseignements américains visant plusieurs présidents français n'a fait qu'approfondir les contradictions entre la France et les Etats-Unis. La fin de l'affaire Mistral contribuera ainsi à préserver la solidarité entre les alliés occidentaux et à atténuer les contradictions franco-américaines, ce qui aura sans doute des conséquences sur la situation sécuritaire européenne.

Deuxièmement, les contradictions entre la vieille Europe et la nouvelle Europe ont été atténuées. Ce sont les pays de l'Europe centrale et orientale qui s'opposent le plus vivement à la vente d'armements sophistiqués par la France à la Russie. Après la fin de la Guerre froide, ces pays se sont débarrassés de la Russie pour s'approcher de l'Occident et chercher la protection des Etats-Unis. Voisins proches de la Russie, ces pays se trouvent au premier front de la sécurité européenne, et se tiennent sur leurs gardes contre la Russie. C'est pourquoi la vente des deux porte-hélicoptères Mistral par la France a approfondi les contradictions et la méfiance entre la vieille Europe et la nouvelle Europe. Cette méfiance est à l'origine des difficultés pour l'UE de répondre d'une même voix aux questions relatives à la diplomatie, à la sécurité et à la défense. La conclusion du contrat par la France contribuera à dissiper la méfiance entre la vieille Europe et la nouvelle Europe, et l'UE pourra agir de manière plus unie dans les affaires diplomatiques et sécuritaires.

Troisièmement, cela aidera à atténuer la situation d'une « nouvelle Guerre froide ». Les tensions n'ont fait qu'augmenter depuis l'éclatement de la guerre ukrainienne il y a plus d'un an. Aucune des parties concernées ne veut céder sur le champ de bataille et leurs relations sont à couteaux tirés. Les conflits entre l'OTAN et la Russie sur le plan militaire s'enveniment. De tels conflits directs, les premiers depuis la fin de la Guerre froide, ont inspiré à certains médias l'expression d'une « nouvelle guerre froide ». L'une des raisons pour l'atténuation difficile des tensions est que les deux parties manquent d'un trait d'union de communication acceptable, un intermédiaire jugé digne de confiance par les deux parties. Or, la France a souvent joué ce rôle. Maintenant que la France s'est débarrassée du fardeau Mistral, elle pourra reprendre son rôle pour atténuer les tensions actuelles en comptant sur ses relations traditionnelles avec la Russie.

 

(Traduction d'un article en chinois rédigé par M. Shen Xiaoquan, maître de recherches au Centre d'Etude des problèmes mondiaux, de l'agence de presse Xinhua.)

Suivez China.org.cn sur Twitter et Facebook pour rejoindre la conversation.
1   2    


Les dernières réactions            Nombre total de réactions: 0
Sans commentaire.
Voir les commentaires
Votre commentaire
Pseudonyme   Anonyme
Retournez en haut de la page