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L'ami oublié de Tintin

French.china.org.cn | Mis à jour le 17. 10. 2014 | Mots clés : Tintin, Zhang Chongren


 

Zhang Chongren a été immortalisé quand le dessinateur belge Hergé a fait de lui l'acolyte chinois de son populaire personnage Tintin, mais on connaît peu l'homme, un artiste accompli à part entière dans son propre pays. Reportage de Zhang Kun.

Zhang Chongren (1907-1998) est plus célèbre en Europe qu'en Chine, car peu de personnes ont entendu parler de lui dans sa ville natale, Shanghai.

M. Zhang est toutefois célèbre dans le monde comme ami de Tintin, un personnage fictif qui est le protagoniste dans Le Lotus bleu et d'autres aventures sur la Chine.

Lorsque l'auteur des Aventures de Tintin, le dessinateur belge Hergé ‒ le nom de plume de Georges Rémi (1907-1983) ‒ a voulu écrire une histoire sur Tintin en Chine, on lui a présenté Zhang Chongren, qui, à l'époque, étudiait à l'Académie Royale des Beaux-Arts à Bruxelles.

M. Zhang (également connu sous le nom de Chang Chong-jen) est devenu Chang Chong-Chen sous la plume de Hergé, et il a accompagné Tintin dans son aventure en Chine, présentant à Tintin, ainsi qu'aux lecteurs en Europe, la lutte du peuple chinois contre les envahisseurs japonais qui prétendaient avoir eu de bonnes intentions en Chine.

Une nouvelle exposition au musée d'art de l'Institut de la sculpture et de la peinture de Shanghai (SPSI) a fait une étude sans précédent sur M. Zhang, sa vie et son art.

Une sculpture en bronze d'une main toute mince se trouve dans un présentoir en verre sous la bannière de l'exposition. C'est une petite main avec des doigts effilés. Elle a été moulée à partir de la propre main de M. Zhang. Un jour, le maître chinois Qi Baishi en a fait l'éloge comme étant « la main du maître de la sculpture ».

« Zhang Chongren est l'une des figures fondatrices de la sculpture moderne de la Chine », explique Xiao Gu, directeur du SPSI. « Il mérite que l'on se souvienne de lui et de sortir de l'ombre de l'histoire. »

M. Zhang est né dans la famille d'un artisan sculpteur sur bois dans la banlieue de Xujiahui de Shanghai (connu sous le nom de Zi-Kar-Wei à l'époque). Son père l'a laissé dans un orphelinat français après la mort de sa femme, alors que le jeune Zhang avait sept ans.

Il a grandi à l'orphelinat où il a appris le français et le dessin. Il a démontré une grande habileté dans la peinture et a gagné une bourse pour étudier à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Belgique, où, à la suggestion du professeur Égide Rombaux, il s'est tourné vers la sculpture.

M. Zhang a terminé ses études et est retourné à Shanghai en 1936; il a alors fondé le studio Chongren. « C'était un établissement d'enseignement de l'art moderne de très bonne réputation. De nombreux artistes, architectes et célébrités ont étudié avec lui », explique Fu Jun, critique d'art et directeur adjoint du musée d'art SPSI.

Il a été le premier à introduire la sculpture occidentale en Chine. « Avant le XXe siècle, les sculptures en Chine n'étaient rien d'autres que des statues de Bouddha », dit M. Fu.

M. Zhang était désireux de transformer ses idées en art et d'adopter ce qu'il avait appris en Occident, de représenter des sujets pertinents à sa patrie.

Dans sa sculpture « Amour et responsabilité », il représente un homme tenant sa femme bien-aimée d'une main et une charrue de l'autre. Dans « Printemps clair », il a modifié une sculpture nue pour présenter une femme chinoise. Une serviette autour des hanches couvre une fissure sur le bronze, ajoutant à la timidité de la beauté féminine chinoise.

Lorsque la « révolution culturelle » (1966-1976) a éclaté, M. Zhang s'est retrouvé en grande difficulté. Dans son domicile, les gardes rouges ont découvert une petite ébauche de sculpture de Tchang Kaï-chek à cheval, l'ancien dirigeant du régime. M. Zhang avait été chargé du projet lorsque le gouvernement du Guomindang a voulu célébrer la défaite des envahisseurs japonais et la victoire de la Seconde Guerre mondiale.

La sculpture n'a jamais été exécutée, mais l'ébauche a donné aux gardes rouges une excuse pour saccager sa maison et détruire plusieurs de ses œuvres. L'or qu'il avait économisé au cours de sa vie a été confisqué.

Une de ses filles n'a pas pu accepter les changements draconiens imposés à la famille et a quitté la maison. Elle n'a jamais été retrouvée, et M. Zhang a été marqué à vie par cette perte. En 1966, le studio Chongren a fermé.

Par la suite, M. Zhang a rejoint le SPSI, et après les turbulences politiques, il a servi comme directeur de l'institut. En 1981, M. Zhang et Hergé se sont de nouveau rencontrés en Europe, des décennies après que Hergé eut dessiné leurs retrouvailles dans « Tintin au Tibet ». M. Zhang est mort en France à 91 ans.

Si vous allez au musée

Heure : 9 h 30 à 17 h, du mardi au dimanche, jusqu'au 26 octobre

Adresse : Musée d'art SPSI, 111, rue Jinzhu, arrondissement Changning, 长宁 区 金珠 路 111 号 上海 油 雕 院 美术馆

Tél. : 021-6275-9930

L'artiste Zhang Chongren en 1936. Les sculptures de Zhang Chongren de l'artiste chinois Qi Baishi. Une aquarelle de l'artiste. Les sculptures Printemps clair de Zhang Chongren.

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Source: french.china.org.cn

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